lundi 30 avril 2018

La disparition de Kat Vandale (Christian Giguère)

Christian Giguère. – La disparition de Kat Vandale. – Montréal : Héliotrope, 2018. 205 pages.


Polar






Résumé : En fuyant la banlieue, Kat a surtout fui une vie trop ordinaire. Tombée sous le charme d’un membre de gang de rue, elle est devenue travailleuse du sexe et, jusqu’à la résurgence d’une vidéo incriminante pour ses proxénètes, elle croyait pouvoir continuer comme ça encore un temps. Maintenant, elle est en danger et doit se faire oublier. Son amie Mélissa, gérante de l’agence d’escortes qui l’emploie, voudrait s’assurer qu’elle est parvenue à se mettre à l’abri, mais Kat ne répond plus à l’appel, et une attaque au cocktail Molotov contre leur lieu d’affaires laisse croire que la guerre a déjà commencé.

Le champ de bataille qui s’étend des coins interlopes de Rivière-des- Prairies aux mornes quartiers résidentiels de la couronne sud voit aussi s’affronter promoteurs de boxe, entrepreneurs, politiciens municipaux et producteurs de films XXX. Sous la plume impitoyable de l’auteur, personne n’échappe aux coups.

Commentaires : Avec La disparition de Kat Vandale, Christian Giguère nous plonge dans une histoire complexe aux multiples personnages, au point à s’y perdre en cours de lecture, qui évoluent dans le monde interlope et noir de la boxe, des gangs de rue, des agences d’escortes, des politiciens retors et des films pornos.

Mais qu’est-il donc arrivé à Kat Vandale qui laisse des traces toit au long du récit. Les ambiances constituent une des grandes qualités de ce petit roman. Également les dialogues truffés d’expressions anglaises, pas toujours faciles à décoder, propres aux différents protagonistes, tous de la génération des milléniaux comme on aime bien les appeler. Sans oublier les réflexions personnelles de l’auteur sur le milieu qu’il décrit.

Portrait très réaliste des mœurs d’une couche marginale de la société québécoise dans son quotidien, La disparition de Kat Vandale est un « polar » touffu, noir qui exige du lecteur une attention constante pour suivre la progression du récit et maîtriser la faune des personnages qui interviennent dans la recherche de celle qu’on croit disparue. Un peu déçu par la finale.

Ce que j’ai aimé : Le style d’écriture tout à fait approprié au type de récit ainsi que son côté noir.

Ce que j’ai moins aimé : Le foisonnement de personnages. À plusieurs reprises, je me suis interrogé à savoir à qui on avait affaire dans certains chapitres.


Cote : ¶¶¶

Les infidèles (Dominique Sylvain)

Dominique Sylvain. – Les infidèles. – Paris : Éditions Viviane Hamy, 2018. 360 pages.


Polar






Résumé : Alors qu'elle préparait un reportage sur l'adultère, Salomé Jolain, une jeune journaliste de TV24 à la renommée croissante a été sauvagement assassinée. On a retrouvé son corps dans la poubelle d'un square du 15e arrondissement de Paris, à proximité de l'hôtel de la Licorne. L'enquête est confiée au commandant Barnier, flic stoïque à la vie privée compliquée, et à son adjoint, l'énigmatique lieutenant Maze.

Tous les proches de la jeune femme sont sur la liste des suspects, mais un nom retient toute l'attention de la Crim', celui d'Alice Kléber, la tante de la victime et créatrice du site lovalibi.com qui fournit aux amateurs d'aventures extraconjugales des excuses et des preuves clés en main pour justifier leurs absences... Un lien qui ne peut relever de la simple coïncidence.

Commentaires : Voici un autre polar que j’ai beaucoup aimé. Il aurait aussi pu être intitulé « La vérité dans le mensonge ». Pour sa thématique originale, pour ses personnages aux personnalités complexes et ambiguës, tous des infidèles à leur manière dans cette histoire de meurtres où chacun et chacune y joue un rôle à sa manière. Un récit où, de chapitre en chapitre, le lecteur se fait surprendre par les révélations qui s’accumulent jusqu’au dénouement.

Chaque rôle défini par l’auteur apporte de l’eau au moulin dans cette enquête où chacune et chacun cachent une réalité qu’ils nient et avec laquelle ils sont confrontés. Un récit qui met en scène un enquêteur lui-même aux prises avec ses propres démons. La structure du récit avec le monologue d’un personnage mystère est très efficace avec une croissance progressive du suspense jusqu’au dénouement. Une histoire noire et complexe avec une chute imprévisible qui pourrait être l’amorce d’une nouvelle histoire qui pourrait osciller entre la fidélité et l’infidélité. Il faut également souligner la qualité du texte, les abondantes figures de style, les descriptions inspirantes, les niveaux de langage appropriés des différents personnages.

Les infidèles, le 17e roman de Dominique Sylvain, contribue à enrichir la littérature policière francophone et je vous en recommande fortement la lecture.


Ce que j’ai aimé : L’originalité du récit, la qualité de l’écriture et du style de l’auteur, les personnages bien campés, le suspens toujours présent… Particulièrement la couverture de première et sa fougueuse licorne.

Ce que j’ai moins aimé : -


Cote : ¶¶¶¶

Excellence Poulet (Patrice Lessard)

Patrice Lessard. – Excellence Poulet. – Montréal : Héliotrope, 2018. 237 pages.


Polar






Résumé : Rosemont – La Petite-Patrie, coin Papineau et Saint-Zotique.
Luc Touchette est assassiné dans la ruelle derrière sa garderie, qui se trouve dans le même immeuble que le Salon Spa Afrodite. Y a-tu juste une autre place que Montréal où ça se peut de mettre une garderie à côté d'un salon de massage érotique ? s'indigne Mélissa Picard, éducatrice en deuil de son patron, devant le sergent-détective Sylvain Paquet qui ne sait trop quoi répondre, ÉROTIQUE ! hurle l'éducatrice, c'est quoi le lien avec une garderie, hein ? pis après c'est le bordel pis vous vous demandez pourquoi!

Gil Papillon, le héros, fréquente la rôtisserie Excellence Poulet, à un jet de pierre de la garderie. Il n'a rien à voir dans cette histoire, mais il est curieux et, depuis son retour forcé du Portugal, s'ennuie. C'est comme ça qu'il finira par s'en mêler.

Commentaires : J’avais beaucoup aimé Cinéma royal publié par Patrice Lessard en 2017. Là, je me suis régalé, c’est le cas de le dire, avec cette réédition d’Excellence Poulet dans une nouvelle collection de poche à prix abordable par les éditions Héliotrope. Un petit roman que j’ai dévoré en 3 jours sur le bord d’une piscine d’un hôtel de Varadero, quelques Cuba libre désaltérants d’une main et un polar original de l’autre. Une enquête menée par un personnage haut en couleur mêlé bien malgré lui à une sordide affaire de meurtre. Une histoire hilarante campée entre une garderie, une rôtisserie et un salon de massage érotique.

Un polar dans lequel la police, du moins un de ses membres les plus tordus, ne joue pas un rôle classique. Avec une brochette de personnages secondaires, pas si secondaires que ça, d’ailleurs, tous aussi truculents les uns que les autres du milieu interlope (propriétaire de pawnshop, motards, prostituées…) sans oublier un certain journaliste qui évolue des deux côtés de la ligne. Et, comme il est question d’une garderie, le Parti libéral du Québec et son illustre ministre Tony Tomassi! Je n’en dis pas plus afin de ne pas révéler le pot aux roses… ou au poulet portugais.

Je me suis bidonné de chapitre en chapitre avec parfois le fou rire à la lecture de certains dialogues à la fois savoureux et souvent d’une absurdité déconcertante. Patrice Lessard y excelle. Une intrigue captivante et bien ficelée : mais qui a bien pu tuer le propriétaire de cette garderie et l’abandonner dans un amoncellement de déchets de cuisine? Vous le découvrirez en courant vous procurer le 5e opus ludique de Patrice Lessard.

Ce que j’ai aimé : L’originalité de l’histoire, les niveaux de langue des différents personnages, la qualité des dialogues, l’humour caustique de l’auteur.

Ce que j’ai moins aimé : -


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mardi 27 mars 2018

Treize à table (Collectif)

Collectif. – Treize à table. – Montréal : Druide, 2018. 193 pages.


Nouvelles







Résumé : Certaines saveurs rencontrées au détour des voyages, à travers les hasards du quotidien détiennent le pouvoir de changer nos vies. Que ce soit l’odeur de la tarte aux pommes de notre enfance, le parfum délicat de l’amitié lors d’un repas gastronomique, en passant par des confitures pour Pina Bausch, de simplissimes oeufs au réveil, une soupe aux poireaux, le canard aux pêches d’un rebelle andalou, les boulettes de viande fort surprenantes d’un mercenaire ou le goût inoubliable d’une olive croquée sur une terrasse de Malaga, tous ces bonheurs sont blottis dans nos mémoires.

Commentaires : Quelle belle idée d’avoir regroupé 13 auteurs talentueux autour d’une table avec comme thématique la bouffe. Le nombre 13, au centre de nombreuses superstitions, la triskaïdékaphobie comme l’appellent les spécialistes, alors que pour certaines personnes il peut porter bonheur. C’est le cas avec ce projet de Chrystine Brouillet et Geneviève Lefebvre pour qui « Au cœur de nos histoires les plus intimes, les plus étonnantes, les plus révélatrices s’inscrit fort souvent la nourriture. Inspirées par cette thématique alléchante et guidées par le plaisir des sens […] Au menu : de savoureuses nouvelles en tous genres, où se courtisent des univers aussi distincts que complémentaires. » Objectif atteint.

Les recueils de nouvelles regroupent parfois des textes d’inégales valeurs. Ce n’est pas le cas ici, bien au contraire. Des confitures pour Pina Baush de Michel Marc Bouchard nous plonge dans une réception « sucrée » à Rideau Hall; Moucheuse de Michèle Plomer et sa petite qui doit apprendre à pêcher; Dame de cœur, Dame du Pic de Chrystine Brouillette qui nous fais saliver dans un restaurant de la rue du Louvre à Paris; L’art de la déshydratation (une de mes préférées) de Geneviève Brouillet avec sa chute inattendue et qui m’a fait bien rire; Catherine de Rafaële Germain qui souhaite raconter l’histoire « d’une vie transformée par le désir » de cuisiner; La faim irrationnelle et hallucinante du coureur et de la bête sauvage qui sommeille en lui de Patrice Godin (tout est dans le titre de texte sur la peur et la faim lors d’une course de 300 km); Le dernier d’Annie L’Italien et le testament culinaire d’un père; Le temps des pommes (une autre de mes préférées) de François Lévesque, autour d’un pommier et d’une tarte aux pommes, avec sa chute émouvante; Mush de Michel Jean, une incursion dans la culture innue; Les cocos de Samuel Larochelle, le retour du fils prodigue; Un mirage à Malaga d’Erica Soucy, deux pages et demi autour d’une bière et un petit bol d’olives; El hambre de mi corazón de Geneviève Lefebvre, quand une star internationale de la bouffe en a marre…; et Mez mama de Ian Manook (aussi une de mes préférées) et sa recette des bombes atomiques plus explosives qu’on aurait pu imaginer.

Treize bonnes raisons pour que vous vous précipitiez. À déguster en accord avec un « vin du sud » ou un « Chassagne-Montrachet 2014 ». Avec en prime, sept recettes de Chrystine Brouillette, inspirées de « ces alléchantes nouvelles) : Vin d’orange, Cuisses de grenouilles en feuilles de brick, Mousse de foie de volaille, Bombes atomiques, Charlotte aux pêches blanches, Dessert aux pommes et Galettes de tante Yolande.

Ce que j’ai aimé : La thématique et l’imaginaire des auteurs.  

Ce que j’ai moins aimé : -


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lundi 26 mars 2018

Les ombres d'Euzkadi (Jean Weber)

Jean Weber. – Les ombres d’Euzkadi. – Paris : Lemieux éditeur, 2017. 214 pages.


Polar






Résumé : Journaliste sans emploi défini mais doué pour les enquêtes tous azimuts, Bertrand Boswell est recruté par son ami Iturria. Il doit découvrir les raisons de la crise morale façon burn-out venue dévaster son patron, Jean-Jacques Brunoy, PDG de la puissante agence de lobbying RUN, des plus utiles au pouvoir politique local.

Plongeant dans un passé de violences qui a laissé de profondes cicatrices, très vite confronté à une actualité aussi chaude qu’insolite, Boswell se fait aider par une jeune et dynamique consœur, Agnès Mendiarat, au flair précieux.

Leur route croisera celle d’agents secrets dangereux, d’anciens militants d’ETA faiseurs de paix et d’une foule de personnages pittoresques portant tous, visibles ou plus secrets, les stigmates d’un passé de plomb. Souvent en péril, jamais découragé, le duo un peu déjanté et très séduisant se retrouve vite et bien malgré lui au centre d’une opération politique ultra-sensible, pilotée en toute discrétion depuis les sommets de l’État. Chantages, complots, enlèvements et meurtres ponctuant naturellement une impossible enquête, dérangeante pour presque tout le monde dans un Pays basque aux beautés parfois trompeuses...

Le premier opus d’une nouvelle série mitonné comme un divin poulet basquaise au piment d’Espelette…

Commentaires : Jean Weber est journaliste de carrière (L’Humanité, Canard enchaîné, AFP et Sud Ouest) et cela transparaît dans ce polar campé au cœur des Pays Basques. Une région politiquement complexe par son chevauchement sur la frontière France-Espagne, plus calme de nos jours, mais qui a connu des élans de violence. Une région que j’ai visitée et que j’ai d’ailleurs trouvée magnifique à tout point de vue : culture, paysage, bouffe. Bien rendu dans Les ombres d’Euzkadi.

Il faut suivre l’actualité politique de l’hexagone pour apprécier au maximum cet opus de Jean Weber. Une histoire complexe, mais très crédible. Des références historiques. Des personnages plus vais que vrais. Tout un art romanesque. Avec un style riche. Un rythme qui évolue selon le déroulement de l’action. Je me suis même demandé à plusieurs reprises s’il s’agissait bel et bien d’une fiction.

Que de belles descriptions, de mise en contexte avec son lot bien intégré de figures de style. Une langue riche pour soutenir un récit captivant. Par exemple, dès le début du récit :

« On est déjà fin octobre. L’été a fondu. Sous le pic d’Orhy, la montagne s’est laissée gagner par l’automne. Vent chaud, valse des feuilles, déclin des fougères et l’écharpe bleutée des brumes matinales. Les beaux jours sont rognés aux deux bouts. » Description mise en opposition avec : « Ils ont enroulé le corps nu du jeune homme dans une bâche militaire US. Puis ils l’ont couché dans le coffre de la BMW. Par-dessus, en tas informe, du matériel de chasse est amoncelé. Treillis, toiles de tente, sacs de couchage, fusils dans leurs étuis. » Le lecteur est plongé au cœur de l’action.

J’ai beaucoup aimé ce roman de Jean Weber et vous le recommande. Je vous laisse découvrir les moindres détails de cette histoire intrigante quant à son issu.  Je n’en dis pas plus et vous laisse la découvrir.
  
Ce que j’ai aimé : Le sujet, la plume de l’auteur, les nombreuses descriptions des lieux, le rythme du récit.

Ce que j’ai moins aimé : -


Cote : ¶¶¶¶

lundi 12 février 2018

Adessias, Bonne-Mère ! (Sylvain Dunevon)

Sylvain Dunevon. – Adessias, Bonne-Mère ! – Antibes : Éditions D’un autre ailleurs, 2017. 180 pages.



Polar








Résumé : Marseille, décembre 1992. Un couple de jeunes truands marseillais envisage de dérober un objet de valeur dans le coffre d'un retraité « plein aux as ». Pour Olivier, c'est du velours. Pour Christelle, c'est différent ; elle a un mauvais pressentiment. Et comme toujours, elle n'a pas tort… Voici les deux comparses emportés dans une tornade d'évènements auxquels ils pourraient bien ne pas échapper, vingt ans plus tard, quand les fantômes du passé feront surface.

Commentaires : La collection Crimes de pays auquel appartient ce premier roman policier de Sylvain Dunevon, originaire du quartier Saint-Loup à Marseille a pour objectif de camper des histoires policières « dans un terroir, une région ou une ville ». Adessias, Bonne-Mère ! nous plonge au cœur de la Provence dans des quartiers et sur des sites que connaît très bien son auteur. Et qu’il aime, on le sent dans les descriptions qu’il en fait, Qui fait en sorte que cette fiction, l’histoire de deux jeunes truands qui, en 1994, ont raté une mission qu’on leur avait confié pour blanchir leur passé de braqueurs et qui se retrouvent traqués 20 ans plus tard, colle à la réalité du quotidien. Agréablement intégrée, entre autres, par l’utilisation de la langue locale pour laquelle un lexique nous est fourni à la fin du roman. Cette histoire mettant en vedette un couple de malfaiteurs local est bien ficelée avec un bon dosage de suspens jusqu’au cri « Adessias (Au revoir), Bonne-Mère ! Un dénouement imprévisible. Les dialogues naturels agrémentent un récit simple, mais efficace avec des aller-retour entre 1994 et 2014. Une lecture agréable. Avec une finale plutôt rigolote.

Un auteur et une collection à découvrir.

Ce que j’ai aimé : L’intrigue, les expressions locales, les descriptions des lieux, les personnages bien campés.

Ce que j’ai moins aimé : -


Cote : ¶¶¶

lundi 29 janvier 2018

Les égarements de mademoiselle Baxter (Eduardo Mendoza)

Eduardo Mendoza. – Les égarements de mademoiselle Baxter. – Paris, Éditions Le Seuil, 2016. – 345 pages.


Genre littéraire : Roman







Résumé : Le détective fou cher à Eduardo Mendoza est mordu par un chien dans une rue de Barcelone. Cette agression canine ramène à sa mémoire une aventure vieille de trente ans, lorsque deux hommes se réclamant d’un commissaire de police étaient venus le chercher pour lui confier une mission : ramener à sa propriétaire un petit chien perdu dans un jardin. Accusé d’avoir assassiné le même jour et dans le même quartier Olga Baxter, une apprentie mannequin, il avait dû lui-même mener l’enquête en compagnie de mademoiselle Westinghouse et de ses amis travestis, révélant au final une vaste affaire de blanchiment et d’évasion de capitaux. Mais la morsure du chien réveille ses doutes quant à la résolution de l’énigme et, comme dans les meilleurs cold cases des séries américaines, le détective part à la recherche de ses anciens coéquipiers et reprend ses investigations dans une Barcelone où tout a changé, sauf la corruption.

Commentaires : C’est le deuxième Mendoza que je lit, après Trois vies de saints qui m’avait fait beaucoup rigoler. Beaucoup moins dans cette parodie de polar mettant en vedette un détective brindezingue dont on ne connaît pas le nom, entouré de personnages tous aussi loufoques les uns que les autres. Racontée à la première personne, cette histoire d’enquête sur un meurtre se déroule à Barcelone. Dans une Barcelone que l’auteur décrit comme ayant connu de grandes transformations, à l’exception de la corruption omniprésente dans les milieux politiques et policiers.

Le récit est divisé en deux parties. La première se concentre sur la recherche du « coupable » par celui-là même qui est soupçonné du meurtre de la dénommée Mademoiselle Baxter jusqu’à ce que l’affaire soit jugée comme classée. La deuxième, 30 ans plus tard, avec la reprise de l’enquête par le narrateur. Plus d’une centaine de pages qui affecte le rythme initial et qui auraient pu être limitées pour le peu d’information qu’elles apportent.

De façon générale, ce roman présente une critique acerbe de la société espagnole et catalane et de l’humanité en ce début du XXIe siècle. On le sent dans le style de l’auteur qui s’amuse à opposer richesse et pauvreté, gens bien et renégats, quartiers huppés et bas-fonds crasseux d’une ville qu’il aime bien malgré tout.

Il faut souligner le style particulier de Mendoza avec des phrases souvent très longues et de nombreuses descriptions tant des personnages`, des objets que des lieux où se déroule l’action. Connaissant bien Barcelone, j’ai aimé redécouvrir certains quartiers déjà visités et en découvrir de nouveaux. Je me suis particulièrement amusé à la lecture du chapitre 15 intitulé « Question déterminante » : la mise en scène d’une assemblée où l’absurdité de ceux qui possèdent argent et pouvoir est poussée à l’extrême qui débute ainsi : « Dans une vaine tentative de restaurer l’ordre, un homme chauve, menu et le teint rosé frappait un vase chinois, qui finit par se fêler. »

Les égarements de mademoiselle Baxter n’est pas un roman policier. Il n’en demeure pas moins intéressant malgré l’absence de suspense. Quand on connaît la fin, on est un peu déçu. Mais à chacun de se faire sa propre idée.

Ce que j’ai aimé : La critique sociale, la psychologie des personnages, les descriptions et l’humour parfois grinçant de l’auteur.

Ce que j’ai moins aimé : La deuxième partie.


Cote : ¶¶¶


dimanche 7 janvier 2018

La bête à sa mère / La bête et sa cage / Abattre la bête (David Goudreaut)

David Goudreault – La bête à sa mère / La bête et sa cage / Abattre la bête – Montréal, Stanké, 2015/2016/2017. – 231/240/234 pages.


Genre littéraire : Roman




Résumé : Le drame familial d’un homme. Et des chats qui croisent sa route. / La prison brise les hommes, mais la cage excite les bêtes. / Des explosions d’amour et de violence pour une finale apocalyptique digne de ce nom.

Commentaires : Certains romans sont des coups de cœur. La trilogie de La bête de David Goudreault est un coup de poing dans le plexus solaire : naît-on déviant ou le devient-on par l’action ou l’inaction d’une société hypocrite ou corrompue à l’os ? Vous devinez déjà la réponse.

Quel personnage que cette bête abandonnée par sa mère à l’âge de sept ans, qu’on trimballe de familles d’accueil en familles d’accueil, rejeté par les services sociaux, et qui s’enfonce progressivement dans la criminalité en milieu carcéral. Affublé de tous les travers : accro à la porno, aux drogues, menteur, manipulateur, violent, raciste, sexiste, homophobe, agresseur… nommez-les. À la recherche de sa mère et d’une paix interne dans la lecture dans un univers noir. Et pourtant, un monstre en manque d’amour qui finit par devenir attachant, à qui on souhaiterait porter secours et pour lequel on se sent démuni.

Une fiction percutante et très réaliste qui se veut une critique sociale et une charge contre la déshumanisation du soutien des individus souffrant de troubles de personnalité ou qui aggravent leur sort en prison :

« Mon personnage est un prisme génial sur ce monde dur et violent. Avec son regard absolument tordu, il m’a permis d’avoir un point de vue plus cru et plus drôle sur la prison. Les lecteurs connaissent plus ou moins la réalité du milieu, où ça consomme à fond, où ça se fait battre et ça se viole à tour de bras, mais je n’aurais pas pu leur balancer tout ça au visage sans passer par son regard décalé. Mon style plonge profondément dans l’horreur, mais j’offre des respirations aux lecteurs avec des touches d’humour, des clins d’œil, des aphorismes et un rythme particulier. […] J’ai collaboré de près avec des agents correctionnels et d’ex-détenus. Ils m’ont dit que je faisais survenir beaucoup de choses en trois mois d’histoire, mais ils m’ont confirmé que ces événements pouvaient arriver sur un an. Il y a une quantité folle d’armes blanches, de drogues, d’agressions et de meurtres en prison. Quand on enferme des psychopathes et des criminels aguerris avec des agents qui manquent de formation et de moyens, c’est évident que ça va péter une fois de temps en temps. »

Avec toute une finale… « Le film de ma vie a défilé derrière mes paupières closes. Attendri, je me suis revu enfant, en train de m’amuser avec personne. Tous les logements, les centres d’accueil et les prisons où j’ai traîné mon anxiété défilaient, toutes les écoles où j’échouais, où j’ai échoué, repassaient sur la toile de ma biographie. Et les animaux que j’ai aimés, les femmes que j’ai touchées, les drogues qui m’ont consolé, les armes qui m’ont édifié, tous les détails de mon existence tournaient en boucle comme la bande-annonce d’un long métrage prometteur. »


Précipitez-vous chez votre libraire, vous ne le regretterez pas.   

Ce que j’ai aimé : Tout ce qu’on peut lire entre les lignes. Le niveau de langage des différents personnages. Le style et l’humour de l’auteur qui allège jusqu’à un certain point la dureté impitoyable de la thématique.

Ce que j’ai moins aimé : -


Cote : ¶¶¶¶¶

mardi 2 janvier 2018

La chaleur des mammifères (Biz)

Biz. – La chaleur des mammifères. – Montréal, Leméac, 2017. – 154 pages.



Genre littéraire : Roman






Résumé : René McKay, cinquante-cinq ans, est prof de littérature à l’université. Fraîchement divorcé de sa femme, Vicky, il a peu de contact avec son fils de vingt ans, Mathieu. Renfrogné, désillusionné, il s’est au long des années isolé du monde. Il ne vit pas, il végète, se contentant de répéter à des étudiants distraits des vérités d’un autre âge, des concepts qui n’allument plus personne.

Un malheureux séjour en Suède pour prononcer une conférence inepte devant une poignée de blasés est la goutte qui fait déborder le vase. Plus rien de tout ça ne vaut la peine. Fini, l’amour, le sexe ; fini, les illusions, les rêves, les espoirs, l’enthousiasme. Cependant, à son retour, une grève étudiante bat son plein. Et tout est à nouveau possible.

Dressant un portrait à l’acide du milieu universitaire, Biz n’épargne ni les profs ni les étudiants. Mais il célèbre l’union, la harde, la horde, c’est-à-dire le peuple en mouvement quand il n’agit pas en troupeau.

Commentaires : Je me suis revu à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) dans les années 90 en lisant cette fiction de BIZ alors que j’y enseignais, bien que l’intrigue se situe en 2012. Ambiance départementale des plus réalistes. Et j’ai revécu les événements entourant le « printemps érable », la grève générale et illimitée des étudiants pour protester contre la hausse des frais de scolarité imposée par le gouvernement libéral de Jean Charest. Tel est le cadre du cinquième roman de Biz, un des membres du groupe rap québécois Loco Locass.

La chaleur des mammifères raconte l’histoire d’un professeur de littérature désabusé par son travail d’enseignant et par l’attitude de ses étudiants et de ses collègues. Avec humour et une touche de cynisme, Biz amène son personnage principal, René McKay, à découvrir, à la suite des événements de l’automne 2012, tout le potentiel de cette jeunesse arborant le carré rouge. Et si tous ensemble, nous les mammifères humains, on se mettait en mouvement pour changer le cours des choses…

Le récit de Biz est aussi agrémenté par des commentaires sur la création littéraire comme :

« Faites des phrases courtes. Évitez les adverbes. Apprenez à ponctuer. Et rappelez-vous ce mot de Quintilien : ‘’Une phrase trop chargée d’adjectifs est comme une armée où chaque soldat serait accompagné de son valet de chambre’’ » (p. 32).

Ou encore celle-ci sur l’utilisation du point-virgule :

« Destiné à unir deux propositions ayant un lien entre elles, le point-virgule ajoute de la nuance et du rythme à la narration. Utilisé. Savamment, le point-virgule prépare une chute inattendue et devient un marqueur de cynisme. Michel Houellebecq l’utilise abondamment. En cent ans, soit depuis la parution de Du côté de chez Swann en 1913, j’avais calculé une baisse d’occurrences de 86% du point-virgule dans la littérature française. Malheureusement, le point-virgule est menacé par la mode des phrases courtes. Paradoxalement, c’est la brièveté du texte qui a redonné une seconde vie au point-virgule. Accolé à la parenthèse, il devient un clin d’œil qui indique au lecteur que la phrase doit être lue au second degré » (p. 80).

À lire (une recommandation pour étudiants et professeurs des institutions supérieures d’enseignement).

Ce que j’ai aimé : Ce constat : « Corriger, c’est le supplice de n’importe quel prof. Essentiellement parce qu’en évaluant l’apprentissage de ses élèves, l’enseignant mesure sa propre capacité à transmettre le savoir. Le résultat renvoie presque toujours au double constat d’échec des apprenants et des maîtres » (p. 13).

Ce que j’ai moins aimé : -

Cote : ¶¶¶¶¶


Mon chien Stupide (John Fante)

John Fante. – Mon chien Stupide. – Paris : Christian Bourgeois éditeur – 10/18, 1987. – 155 pages.



Genre littéraire : Roman






Résumé : Coincé entre une progéniture ingrate et un talent de plus en plus incertain, le personnage principal de Mon chien Stupide oscille entre un cynisme salvateur et des envies de fuite.

Fils d'immigrés italiens, il caresse le rêve d'un retour à ses racines, fantasmant sur une vie paisible aux terrasses des cafés de la Piazza Navona à Rome.

Mais pour l'heure, il faut courir le cachet, écrire des scénarios médiocres pour des séries télé affligeantes... ou le plus souvent aller encaisser un chèque des allocations de chômage. L'existence tumultueuse de la famille est bouleversée lorsqu'un gigantesque chien décide de s'installer dans la maison, pour le plus grand bonheur de l'auteur raté, mais au grand dam du reste de sa tribu.

Commentaires : John Fante est un auteur qui nous fait passer par toutes émotions : de scènes hilarantes aux plus touchantes avec un sens critique de la société américaine de son époque. Et c’est le cas avec ce court roman qui s’intitulait en anglais « West of Rome ».

Cette fiction, inspirée d’événement de la vie de l’auteur comme c’est le cas dans son œuvre romanesque, nous plonge dans le quotidien d’une famille italo-américaine « aisée, raciste et décadente » : le père, Henry Molise, écrivain et scénariste raté qui rêve de retourner à Rome, la mère, Harriet, toujours au bord de la crise de nerfs, quatre enfants impossibles à contrôler et un énorme chien libidineux, baptisé Stupide à cause de son comportement bizarre, un intrus qui s’immisce un soir de pluie, déclenchant un ouragan dans les relations entre chacun d’entre eux. Un prétexte pour faire éclater au grand jour les vrais sentiments de chacun. Avec une finale des plus touchantes.

J’ai beaucoup apprécié ce roman à la fois humaniste et corrosif de John Fante et vous le recommande fortement. Un auteur à découvrir.

Ce que j’ai aimé : Tout.

Ce que j’ai moins aimé : Rien


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