dimanche 7 janvier 2018

La bête à sa mère / La bête et sa cage / Abattre la bête (David Goudreaut

David Goudreault – La bête à sa mère / La bête et sa cage / Abattre la bête – Montréal, Stanké, 2015/2016/2017. – 231/240/234 pages.


Genre littéraire : Roman




Résumé : Le drame familial d’un homme. Et des chats qui croisent sa route. / La prison brise les hommes, mais la cage excite les bêtes. / Des explosions d’amour et de violence pour une finale apocalyptique digne de ce nom.

Commentaires : Certains romans sont des coups de cœur. La trilogie de La bête de David Goudreault est un coup de poing dans le plexus solaire : naît-on déviant ou le devient-on par l’action ou l’inaction d’une société hypocrite ou corrompue à l’os ? Vous devinez déjà la réponse.

Quel personnage que cette bête abandonnée par sa mère à l’âge de sept ans, qu’on trimballe de familles d’accueil en familles d’accueil, rejeté par les services sociaux, et qui s’enfonce progressivement dans la criminalité en milieu carcéral. Affublé de tous les travers : accro à la porno, aux drogues, menteur, manipulateur, violent, raciste, sexiste, homophobe, agresseur… nommez-les. À la recherche de sa mère et d’une paix interne dans la lecture dans un univers noir. Et pourtant, un monstre en manque d’amour qui finit par devenir attachant, à qui on souhaiterait porter secours et pour lequel on se sent démuni.

Une fiction percutante et très réaliste qui se veut une critique sociale et une charge contre la déshumanisation du soutien des individus souffrant de troubles de personnalité ou qui aggravent leur sort en prison :

« Mon personnage est un prisme génial sur ce monde dur et violent. Avec son regard absolument tordu, il m’a permis d’avoir un point de vue plus cru et plus drôle sur la prison. Les lecteurs connaissent plus ou moins la réalité du milieu, où ça consomme à fond, où ça se fait battre et ça se viole à tour de bras, mais je n’aurais pas pu leur balancer tout ça au visage sans passer par son regard décalé. Mon style plonge profondément dans l’horreur, mais j’offre des respirations aux lecteurs avec des touches d’humour, des clins d’œil, des aphorismes et un rythme particulier. […] J’ai collaboré de près avec des agents correctionnels et d’ex-détenus. Ils m’ont dit que je faisais survenir beaucoup de choses en trois mois d’histoire, mais ils m’ont confirmé que ces événements pouvaient arriver sur un an. Il y a une quantité folle d’armes blanches, de drogues, d’agressions et de meurtres en prison. Quand on enferme des psychopathes et des criminels aguerris avec des agents qui manquent de formation et de moyens, c’est évident que ça va péter une fois de temps en temps. »

Avec toute une finale… « Le film de ma vie a défilé derrière mes paupières closes. Attendri, je me suis revu enfant, en train de m’amuser avec personne. Tous les logements, les centres d’accueil et les prisons où j’ai traîné mon anxiété défilaient, toutes les écoles où j’échouais, où j’ai échoué, repassaient sur la toile de ma biographie. Et les animaux que j’ai aimés, les femmes que j’ai touchées, les drogues qui m’ont consolé, les armes qui m’ont édifié, tous les détails de mon existence tournaient en boucle comme la bande-annonce d’un long métrage prometteur. »

Précipitez-vous chez votre libraire, vous ne le regretterez pas.   

Ce que j’ai aimé : Tout ce qu’on peut lire entre les lignes. Le niveau de langage des différents personnages. Le style et l’humour de l’auteur qui allège jusqu’à un certain point la dureté impitoyable de la thématique.

Ce que j’ai moins aimé : -


Cote : ¶¶¶¶¶

mardi 2 janvier 2018

La chaleur des mammifères (Biz)

Biz. – La chaleur des mammifères. – Montréal, Leméac, 2017. – 154 pages.



Genre littéraire : Roman






Résumé : René McKay, cinquante-cinq ans, est prof de littérature à l’université. Fraîchement divorcé de sa femme, Vicky, il a peu de contact avec son fils de vingt ans, Mathieu. Renfrogné, désillusionné, il s’est au long des années isolé du monde. Il ne vit pas, il végète, se contentant de répéter à des étudiants distraits des vérités d’un autre âge, des concepts qui n’allument plus personne.

Un malheureux séjour en Suède pour prononcer une conférence inepte devant une poignée de blasés est la goutte qui fait déborder le vase. Plus rien de tout ça ne vaut la peine. Fini, l’amour, le sexe ; fini, les illusions, les rêves, les espoirs, l’enthousiasme. Cependant, à son retour, une grève étudiante bat son plein. Et tout est à nouveau possible.

Dressant un portrait à l’acide du milieu universitaire, Biz n’épargne ni les profs ni les étudiants. Mais il célèbre l’union, la harde, la horde, c’est-à-dire le peuple en mouvement quand il n’agit pas en troupeau.

Commentaires : Je me suis revu à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) dans les années 90 en lisant cette fiction de BIZ alors que j’y enseignais, bien que l’intrigue se situe en 2012. Ambiance départementale des plus réalistes. Et j’ai revécu les événements entourant le « printemps érable », la grève générale et illimitée des étudiants pour protester contre la hausse des frais de scolarité imposée par le gouvernement libéral de Jean Charest. Tel est le cadre du cinquième roman de Biz, un des membres du groupe rap québécois Loco Locass.

La chaleur des mammifères raconte l’histoire d’un professeur de littérature désabusé par son travail d’enseignant et par l’attitude de ses étudiants et de ses collègues. Avec humour et une touche de cynisme, Biz amène son personnage principal, René McKay, à découvrir, à la suite des événements de l’automne 2012, tout le potentiel de cette jeunesse arborant le carré rouge. Et si tous ensemble, nous les mammifères humains, on se mettait en mouvement pour changer le cours des choses…

Le récit de Biz est aussi agrémenté par des commentaires sur la création littéraire comme :

« Faites des phrases courtes. Évitez les adverbes. Apprenez à ponctuer. Et rappelez-vous ce mot de Quintilien : ‘’Une phrase trop chargée d’adjectifs est comme une armée où chaque soldat serait accompagné de son valet de chambre’’ » (p. 32).

Ou encore celle-ci sur l’utilisation du point-virgule :

« Destiné à unir deux propositions ayant un lien entre elles, le point-virgule ajoute de la nuance et du rythme à la narration. Utilisé. Savamment, le point-virgule prépare une chute inattendue et devient un marqueur de cynisme. Michel Houellebecq l’utilise abondamment. En cent ans, soit depuis la parution de Du côté de chez Swann en 1913, j’avais calculé une baisse d’occurrences de 86% du point-virgule dans la littérature française. Malheureusement, le point-virgule est menacé par la mode des phrases courtes. Paradoxalement, c’est la brièveté du texte qui a redonné une seconde vie au point-virgule. Accolé à la parenthèse, il devient un clin d’œil qui indique au lecteur que la phrase doit être lue au second degré » (p. 80).

À lire (une recommandation pour étudiants et professeurs des institutions supérieures d’enseignement).

Ce que j’ai aimé : Ce constat : « Corriger, c’est le supplice de n’importe quel prof. Essentiellement parce qu’en évaluant l’apprentissage de ses élèves, l’enseignant mesure sa propre capacité à transmettre le savoir. Le résultat renvoie presque toujours au double constat d’échec des apprenants et des maîtres » (p. 13).

Ce que j’ai moins aimé : -

Cote : ¶¶¶¶¶


Mon chien Stupide (John Fante)

John Fante. – Mon chien Stupide. – Paris : Christian Bourgeois éditeur – 10/18, 1987. – 155 pages.



Genre littéraire : Roman






Résumé : Coincé entre une progéniture ingrate et un talent de plus en plus incertain, le personnage principal de Mon chien Stupide oscille entre un cynisme salvateur et des envies de fuite.

Fils d'immigrés italiens, il caresse le rêve d'un retour à ses racines, fantasmant sur une vie paisible aux terrasses des cafés de la Piazza Navona à Rome.

Mais pour l'heure, il faut courir le cachet, écrire des scénarios médiocres pour des séries télé affligeantes... ou le plus souvent aller encaisser un chèque des allocations de chômage. L'existence tumultueuse de la famille est bouleversée lorsqu'un gigantesque chien décide de s'installer dans la maison, pour le plus grand bonheur de l'auteur raté, mais au grand dam du reste de sa tribu.

Commentaires : John Fante est un auteur qui nous fait passer par toutes émotions : de scènes hilarantes aux plus touchantes avec un sens critique de la société américaine de son époque. Et c’est le cas avec ce court roman qui s’intitulait en anglais « West of Rome ».

Cette fiction, inspirée d’événement de la vie de l’auteur comme c’est le cas dans son œuvre romanesque, nous plonge dans le quotidien d’une famille italo-américaine « aisée, raciste et décadente » : le père, Henry Molise, écrivain et scénariste raté qui rêve de retourner à Rome, la mère, Harriet, toujours au bord de la crise de nerfs, quatre enfants impossibles à contrôler et un énorme chien libidineux, baptisé Stupide à cause de son comportement bizarre, un intrus qui s’immisce un soir de pluie, déclenchant un ouragan dans les relations entre chacun d’entre eux. Un prétexte pour faire éclater au grand jour les vrais sentiments de chacun. Avec une finale des plus touchantes.

J’ai beaucoup apprécié ce roman à la fois humaniste et corrosif de John Fante et vous le recommande fortement. Un auteur à découvrir.

Ce que j’ai aimé : Tout.

Ce que j’ai moins aimé : Rien


Cote : ¶¶¶¶¶

Adios Hemingway (Leonardo Padura)

Leonardo Padura. – Adios Hemingway. – Paris : Éditions Métailié - Points, 2005. – 183 pages.



Genre littéraire : Polar






Résumé : Dans le jardin de la maison musée d'Ernest Hemingway, on déterre un cadavre portant l'insigne du FBI.

Ce cher Ernest serait-il l'assassin ? Pas facile d'enquêter après tant d'années, surtout sur un écrivain de cette stature, qui vous inspire des sentiments ambigus d'admiration et de haine. Mario Conde, l'ancien flic, prend son courage à deux mains et exhume le souvenir de ce monstre sacré, généreux, odieux, inoubliable.

Commentaires : Cette enquête de l’ex-policier Mario Conde, l’alter ego de Leonardo Padura nous plonge dans l’univers et la fin de vie de l’écrivain Ernest Hemingway dont il est un admirateur inconditionnel. À noter que ce roman a été écrit à la suite d’une commande de l’éditeur brésilien de Padura l’invitant à participer à la série « La littérature ou la mort ».

Padura décrit ainsi Adios Hemingway dont l’intrigue repose sur les événements qui se seraient déroulés dans la longe nuit du 2 au 3 octobre 1958 : « …ce n'est qu'un roman et de nombreux événements qui y figurent, même s'ils sont tirés de la réalité la plus avérée et respectent strictement la chronologie, sont passés à travers le filtre de la fiction et s'y sont mêlés, à tel point qu'aujourd'hui encore, je suis incapable de délimiter les frontières des deux univers. […] De sorte que le Hemingway de ce livre est bien évidemment un Hemingway de fiction, car l'histoire où il se voit entraîné n'est que le fruit de mon imagination… »

L’exercice romanesque est parfaitement réussi. En moins de 200 pages, nous accompagnons le géant de la littérature américaine dans son environnement, sa maison devenue musée à La Havane que Padura nous fait visiter, à la recherche d’un indice. Une maison en ordre comme l’a laissée l’écrivain au lendemain de son départ vers les États-Unis. Deux ans avant son suicide. On y imagine, entre autres, ses trophées de chasse et sa collection d’armes, sa machine à écrire avec laquelle il écrivait, paraît-il debout à cause d’une blessure, une affichette intrigante sur laquelle on peut lire que « les visiteurs non invités ne seront pas reçus », les notes relatives à l’évolution du poids de l’écrivain inscrites sur la cloison de sa salle de bains… Autant de détails et bien d’autres qui rendent vivants les protagonistes de cette histoire bien ficelée.

Un excellent Padura avec des réflexions sur la politique, la littérature, la société cubaine et le quotidien à La Havane et un Mario Conde à l’esprit aussi tordu que dans ses autres aventures.

Ce que j’ai aimé : Les ambiances créées par l’auteur. Les détails sur la vie d’Hemingway. Les descriptions des lieux et l’intrigue qui débouche sur la solution de l’énigme vers la toute fin.

Ce que j’ai moins aimé : -


Cote : ¶¶¶¶

mercredi 6 décembre 2017

Cruel redoux (J H Roch)

J H Roch. – Cruel Redoux. – Franklin : Autoédition, 2016. 504 pages.


Polar






Résumé : Alex et Kevin, elle 17 ans et prostituée, lui 21 ans et proxénète, déménagent dans l’historique petite maison jaune au centre du paisible village agricole de Sainte-Uralie-Springfield, à 4 kilomètres de la frontière américaine dans la province de Québec (Canada).

Leur belle chienne Labrador bat la campagne - et Alex la semelle - pendant que Kevin tente de séduire une autre fille mineure. Comme un cancer favorisé par les saisons déréglées, leur présence entraînera dans le voisinage une commotion de plus en plus étendue. La violence, le meurtre, le chantage, l’adultère, les croyances, les mensonges et la vérité se mêlent comme l’eau boueuse des ruisseaux et des fossés. Une centaine d’antagonistes, qu’ils soient morts ou survivants, du monde animal ou humain, assisteront à la perdition du village et participeront à son sauvetage inattendu, avec l'aide – ou à cause de – Greg Lauzon, inspecteur de son métier.

Commentaires : Cruel Redoux est le premier roman de cette auteure québécoise qui habite la région du Haut Saint-Laurent, à quelques kilomètres de la frontière avec l’État de New York. Un récit qui fait intervenir un grand nombre de personnages, certains attachants, d’autres détestables, dans un contexte de prostitution, de drogue et de chantage, parmi lesquels les rôles féminins occupent l’avant-scène par leur force de caractère. Particulièrement l’héroïne, Alex, en quête de libération. Sans oublier un chien qui y joue un rôle important.

Avec un suspense qui met un peu de temps à se mettre en place, parfois freiné par des descriptions et des scènes qui auraient gagné à être ramenées à l’essentiel.

Par contre, il faut reconnaître de J H Roch a su créer une ambiance crédible qui correspond bien au cadre géographique où évoluent ses protagonistes. À souligner les niveaux de langage dans un village où anglophones et francophones se côtoient. Les conditions sociales, le fanatisme religieux, les comportements libertaires, les comportements entre les gens ordinaires et les plus riches… y sont habilement dépeints dans un milieu campagnard où tous les résidents se connaissent, de la quincaillerie au dépanneur en passant par le CLSC et l’église.

Un roman bien écrit, un rythme qui s’accélère dans la deuxième partie avec l’entrée en scène de l’enquêteur Greg Lauzon, des préoccupations sociales intégrées dans un récit habilement structuré.

Ce que j’ai aimé : La thématique du roman, la localisation géographique de l’histoire et le traitement du sujet sans pudeur de la part de l’auteure.

Ce que j’ai moins aimé : Quelques longueurs qui contribuent à ralentir le rythme.


Cote : ¶¶¶

lundi 4 décembre 2017

Les secrets de l'île (Viveca Stein)

Viveca Sten. – Les secrets de l’île. – Paris : Albin Michel, 2016. 430 pages.


Polar / Thriller






Résumé : Une froide journée de septembre, l'étudiant Marcus Nielsen est retrouvé mort dans son appartement de Nacka. Tout semble indiquer un suicide. Mais sa mère, convaincue qu'il a été assassiné, supplie la police de ne pas classer l'affaire.

Quand l'inspecteur Thomas Andreasson commence à enquêter, les pistes semblent mener à la base militaire de Korsö, devant l'île de Sandhamn, où le corps d'un autre homme vient d'être retrouvé. Contactée par Thomas, Nora Linde, qui passe beaucoup de temps sur l'île, essaie d'en savoir plus sur cette base fortifiée où ont été formées les unités d'élite des chasseurs côtiers. Y a-t-il quelque chose qui ne doit à aucun prix surgir au grand jour?

Commentaires : Viveca Sten est une auteure suédoise que m’a fait découvrir le directeur de la Maison de la littérature de Québec. Une belle découverte dans l’univers des polars du nord. Les secrets de l’île est son quatrième roman traduit en français. Une histoire qui m’a intéressé dès les premiers chapitres et que j’ai lue en quelques jours. Une fiction dans laquelle l’auteur alterne entre l’enquête et la vie privée de ses personnages et qui s’arrime avec des faits vécus au cours des années 80 : la formation des membres de l’unité d’élite des chasseurs côtiers.

J’ai bien aimé l’enchaînement du récit avec le journal personnel d’une des victimes du sadisme d’un certain officier, le déroulement progressif de l’enquête, l’atmosphère bien rendue, la description des lieux et des personnages. Avec une finale plutôt endiablée digne d’une production hollywoodienne (peut-être un peu exagérée, après mûre réflexion).

Le style de l’auteur fait en sorte que la lecture est agréable dans l’ensemble. Le suspense est bien mené, quoique j’ai trouvé le coupable aux trois quarts du livre. Ce qui ne m’a pas empêché d’apprécier mon expérience de lecture.

Il paraît que la recette de Viveca Sten se renouvelle peu. Je ne peux me prononcer. Mais dans ce cas-ci, cette histoire sombre, et j’oserais même dire aussi froide que le climat dans lequel elle se déroule, réussit à nous amener sur de fausses pistes tout aussi vraisemblables les unes que les autres.

En somme, un roman que j’ai beaucoup apprécié.  

Ce que j’ai aimé : L’atmosphère nordique, l’enquête qui peine à donner des résultats au gré de l’accumulation des cadavres, le rythme de l’action.

Ce que j’ai moins aimé : -


Cote : ¶¶¶¶

La demeure de l'ombre (Florence Cloutier)

Florence Cloutier. – La demeure de l’ombre. – Saint-Lambert-de-Lauzon : Éditions La Roupille, 2017. 189 pages.


Polar jeunesse






Résumé : Nouvelle maison, nouvelle école, nouveaux amis, Max, 12 ans, fils unique de parents policiers, s'ennuie souvent de sa vie d'avant. Curieux de nature et pourvu d'un imaginaire riche et singulier, Max plongera tête première dans un piège sans fin. De là suivra une série d'incidents tous aussi invraisemblables et intrigants les uns que les autres. Max mettra-t-il sa vie en péril en prenant trop de risques pour résoudre cette fameuse énigme de la demeure de l'ombre ?

Commentaires : La demeure de l’ombre, un roman jeunesse en deux parties publiées tête-bêche et complétées par une section jeux est le première fiction d’une adolescente de 14 ans de Saint-Apollinaire, un village à une trentaine de kilomètres au sud de Québec. Une étudiante en  Langue et culture internationale aime la littérature policière et fantastiques et qui a, entre autres pour loisir, l’écriture. Un rêve que la jeune fille a réalisé et dont elle a financé la coédition à partir d’une souscription pour « montrer que même les projets les plus fous sont réalisables avec de la persévérance et de la volonté ».

Son héros pourvu d’un imaginaire « riche et singulier », Max, 12 ans, fils unique de parents policiers se retrouve dans des intrigues impliquant son entourage et les membres de sa famille. Avec comme résultat deux petites histoires bien construites avec une chacune une chute, une finale, qui surprendra les jeunes lectrices et lecteurs. Le tout rédigé dans un style sans artifices et un humour qui saura plaire à la clientèle visée (9 à 12 ans).

Les jeux qui séparent physiquement les deux récits permettent de se familiariser avec le vocabulaire des enquêteurs, de tester ses capacités de limier ou de d'apprenti écrivain, de dessiner Max en se basant sur sa description dans le roman…

Une autre belle réalisation des Éditions de la Roupille qui se spécialisent, entre autres, dans la production pour la jeunesse. À noter que la couverture de première reproduit une toile de l'artiste-peintre Cyril Tremblay.

Ce que j’ai aimé : L’imaginaire de l’auteure, les personnages bien campés, les finales inattendues.

Ce que je n’ai pas aimé : -


Cote : ¶¶¶

samedi 28 octobre 2017

La Louve aux abois (Daniel Lessard)

Daniel Lessard. – La Louve aux abois. – Montréal : Éditions Pierre Tisseyre, 2017. 270 pages.

Polar







Résumé : Dans le petit village de Wakefield, en Outaouais, un cultivateur trouve le cadavre mutilé et à moitié nu d'une jeune femme assassinée. Chargée de l'enquête, la sergente-détective Sophie Comtois de la MRC des Collines établit rapidement que la victime a été agressée sexuellement avant de mourir et que son meurtre succède à un autre du même genre, un mois auparavant. Peu après, la découverte d'une troisième victime confirme que les crimes sont l'œuvre d'un tueur en série, jetant dans l'émoi toute la région. Quand, avec l'aide de la journaliste Marie-Lune Beaupré, en qui les fidèles de Lessard reconnaîtront une des héroïnes de Péril sur le fleuve, Sophie soupçonne qu'un puissant ministre est impliqué dans les crimes, elle devra se battre contre des supérieurs peu désireux de s'en prendre à un politicien et mettre sa propre vie en danger pour démasquer le tueur.

Commentaires : La Louve aux abois est le troisième roman policier par Daniel Lessard. L’auteur nous plonge maintenant dans un récit plein de rebondissements où les événements se succède rapidement, peut-être trop rapidement pour ne pas affecter la crédibilité de l’histoire. Pour ne citer qu’un exemple, le policier de la Sûreté du Québec qui vient d’être nommé pour appuyer l’enquête menée par la policière municipale et qui, dès leur première rencontre, invite cette dernière à souper. Et les voilà devenus amants enquêteurs.

Bien que le propos de cette enquête soit intéressant, on y retrouve quelques invraisemblances. Comme cette policière boulimique dotée d’un estomac aux capacités illimitées qui ingurgite d’un trait des quantités phénoménales de nourriture. Ou encore cette même policière qui observe depuis la rue un véhicule stationné à reculons dans un garage et qui « écrit le numéro de la plaque sur un bout de papier », quand on sait qu’au Québec, les plaques d’immatriculation sont apposées à l’arrière des voitures !

Disons enfin que l’intégration du personnage de la journaliste de Radio-Canada dans le déroulement de l’enquête, comme dans Péril sur le fleuve que j’ai nettement préféré, donne un certain dynamisme à l’ensemble du récit. L’auteur, ex-journaliste qui connaît bien le milieu, nous démontre bien les liens d’information qui peuvent exister entre les médias et les forces policières.

Une lecture agréable, en souhaitant que, comme moi, vous ne découvriez pas qui est le tueur aux trois quarts du roman.


Ce que j’ai aimé : La dynamique du récit, la psychologie des personnages, la qualité de l’écriture, les dialogues réalistes.

Ce que je n’ai pas aimé : Quelques invraisemblances.


Cote : ¶¶

mardi 24 octobre 2017

Le sang des cailloux (Pierre Laflamme)

Pierre Laflamme. – Le sang des cailloux. – Granby : Pierre Laflamme Romans, 2015. 424 pages.

Thriller







Résumé : Fadilah, jeune femme d'une grande beauté, est férue de liberté, d'égalité, d'un « islam des lumières ». Étudiante en égyptologie, elle est secrètement amoureuse de Faysal, un garçon modelé pour devenir djihadiste. Fadilah ne craint pas le regard des hommes : « Si tu veux le miel, tu souffriras la piqûre des abeilles ».

Poussé par Salîm Al Misrî, un imam autoproclamé, un fou d'Allah, Faysal se joint à la brigade Salâh Ad-dîn, qui prône l'application de la charia et le retour du grand califat.

Entre-temps, Abou Hamza, père de Faysal, ministre du Pétrole de Moubarak, octroie à Preston Colby, le PDG de MARGI, une société d'ingénierie québécoise, d'importants contrats pour le développement des champs pétrolifères égyptiens... à une condition.

Les évènements se bousculent, un autocar de touristes explose à Barcelone. Le SCRS canadien et le Mossad israélien entrent en action, au moment où sur la place Tahrir au Caire, les Égyptiens sont en voie de répudier la dictature du Président Moubarak.

Entre Le Caire et Montréal, entre Barcelone et Tel-Aviv, des hommes et des femmes vivent des trajectoires aux collisions imminentes.

Commentaires : Le sang des cailloux est le deuxième roman de Pierre Laflamme, un auteur québécois passionné par le Moyen-Orient. De prime abord, le sujet de cette fiction, inspirée de faits vécus, ne m’emballait pas. Avec une couverture de première plutôt dérangeante. Mais dès la lecture des premiers chapitres, je n’ai pu décrocher de cette intrigue savamment construite.

L’auteur connaît très bien la société musulmane d’Égypte et nous la fait découvrir au gré des événements. Salafites radicaux, corruption économique, trafic d’armes, enrôlements djihadistes, attentats, avec comme fond de décor la révolution égyptienne. Le lecteur est rapidement entraîné dans un récit qui repose sur une recherche impressionnante de la part de l’auteur. Celle d’un jeune Égyptien qui se laisse entraîner, malgré les bons enseignements de ses parents, par un adepte d’une certaine interprétation du Coran, dans une voie menant à la violence, à l’élimination des infidèles.

J’ai particulièrement apprécié les chapitres qui relatent l’embrigadement dans le camp djihadiste, à la fois comparables et complémentaires à ceux que l’on retrouve dans le roman de J.R. dos Santos (Furie divine), confirmant les méthodes employées par les groupes terroristes.

Le sang des cailloux, à la fois un thriller dont la finale est imprévisible jusqu’à la dernière phrase et histoire d’amour salvatrice contribue à une meilleure connaissance et compréhension des milieux islamiques et de l’influence de la religion omniprésente sur la famille, sur les tractations politiques, sur les collectivités parfois aux prises avec certaines contradictions de pensées et d’action.

Avec un style non complaisant, une écriture rigoureuse, un souci du détail dans les descriptions et dans les dialogues, Pierre Laflamme illustre la complexité d’un problème qui s’étend à l’échelle planétaire : la confrontation de valeurs et de croyances. D’autant plus qu’avec les événements récents à Barcelone (attentat sur les Ramblas) et les liens qu’il établit avec un groupe de Canadiens magouilleurs, l’auteur inscrit sa fiction dans une réalité très contemporaine.

Une lecture que vous ne regrettez pas et qui alimentera très certainement votre réflexion sur un sujet aussi complexe.

Ce que j’ai aimé : Le réalisme du récit par le choix et la psychologie des personnages, la qualité des dialogues et les nombreuses descriptions qui campent le récit dans des temps et des lieux bien définis.

Ce que j’ai moins aimé : -


Cote : ¶¶¶¶

mardi 3 octobre 2017

Les tricoteuses (Marie Saur)

Marie Saur. – Les tricoteuses. – Montréal : Héliotrope, 2017. – 285 p.


Polar







Résumé : Il n’est pas toujours avisé de se mêler des affaires des gens puissants.

Pour avoir galamment raccompagné Patricia Fortin Rousseau dans son manoir de Cap-Rouge après une beuverie, l’ex-prisonnier Daniel Hurteloup se voit offrir un boulot de gardien de nuit chez TV6, qu’elle dirige. Comme réhabilitation, il ne pouvait rêver mieux. Mais peu après ce coup de chance, le malheur frappe : Patricia est retrouvée pendue dans le studio B. Pour la police comme pour la famille de la victime, de riches industriels à la tête de Fortin Médiacom, Daniel fait un suspect tout désigné.

Déterminée à disculper son frère, Sophie Hurteloup mène l’enquête, qui semble vouloir se transformer en leçon d’histoire : le meurtre de Patricia serait-il le contrecoup d’un conflit de travail ayant secoué l’empire Fortin quarante ans auparavant ? « Prolétaires de tous les pays, qui tricote vos chaussettes ? » La question lancée autrefois par les grévistes de l’usine de bas Forty attend toujours sa réponse.

Commentaires : Avant d’écrire ce premier roman, Marie Saur a scénarisé, en collaboration avec le bédéiste français Nylso, cinq tomes de la série Jérôme d’Alphagraph, le parcours initiatique d’un jeune garçon qui veut écrire tout en devenant libraire, dans un pays fantaisiste. Avec Les tricoteuses, elle change de registre.

L’histoire se déroule à Québec (et non pas à Cap-Rouge en banlieue de la capitale) comme pourrait le laisser croire le synopsis). Une enquête tricotée serrée, réalisée par des apprentis détectives, dans le monde des communications, en étroite relation avec le parti au pouvoir à l’Assemblée nationale. Dans une famille où tout s’achète avec l’argent : le silence, la descendance, le mensonge… La recherche de la vérité sur un meurtre qui prend racine dans un conflit ouvrier au cours des années 70, dans une manufacture de Limoilou, pendant lequel des figures féministes militantes ont tenu tête à un patron intransigeant pour améliorer leur qualité de vie au travail et sauver leur emploi.

L’auteur met en scène une panoplie de personnages, tant principaux que secondaires, qui apportent progressivement les éléments de solution à cette enquête plutôt originale. Bâtie dans le respect parfois trop rigoureux des règles de base de l’écriture romanesque et du genre polar, l’intrigue qui s’étale sur 24 chapitres est bien ficelée. Quoique, je dois avouer, mes soupçons sur le meurtrier potentiel se sont avérés au trois quarts du texte, sans par contre en deviner la raison.

Un autre excellent roman dans cette collection noire que publient les Éditions Héliotrope qui campent chaque intrigue dans une région différente du Québec.

Ce que j’ai aimé : L’originalité du récit et de la thématique qui en fait un roman à la fois policier et à caractère social.

Ce que j’ai moins aimé : La structure romanesque un peu trop académique.


Cote : ¶¶¶¶