jeudi 22 juin 2017

Vingt-trois prostituées (Chester Brown)

Chester Brown – Vingt-trois prostituées. – Paris : Cornélius, 2012. – 280 pages.


Bande dessinée







Résumé : Au terme de sa rupture avec Sook-Yin Lee, Chester Brown décide qu’il ne veut plus de petite amie. Trois ans d’abstinence plus tard, il décide de sauter le pas et de fréquenter les prostituées. Ce livre évoque chacune des vingt-trois filles (vingt-quatre en réalité) avec lesquelles l’auteur a entretenu des relations sexuelles tarifées entre 1999 et 2010. Souvent drôle, toujours lucide, ce journal de bord d’un micheton offre un tableau saisissant de la prostitution contemporaine, que le talent de son auteur exempte de tout voyeurisme ou sensationnalisme.

Commentaires : Chester Brown est bédéiste étonnant. Ici, il nous livre ses réflexions sur la décriminalisation d’un métier qu’il considère comme normal et qui ne doit pas être régulé. Au gré de ses rendez-vous, comme il les appelle – in-call et out-call –, au fil des ans, il en profite pour réfuter les arguments classiques anti-prostitution, fondés sur la morale religieuse qu’il considère comme rétrograde. Et, comme dans les autres composantes de son œuvre littéraire, le tout est très documenté : témoignages de travailleuses du sexe et de spécialistes complétés par une bibliographie thématique. Les scènes ponctuelles de discussions entre Chester Brown et ses amis aussi dessinateurs, Seth et Joe Matt, permettent à l’auteur de confronter ses opinions libertaires et, conséquemment, de préciser le fond de sa pensée sur la monogamie et le romantisme.

Après 287 pages de planches à huit cases en noir et blanc, ce roman graphique est complété par 22 appendices, presque autant que le nombre de prostituées fréquentées, permettent à l’auteur d’étayer son opinion sur un certain nombre de questions : la normalité de la prostitution, les droits sexuels, l’influence de l’argent, l’estime de soi, la violence, le proxénétisme, l’exploitation et la commercialisation du sexe, le mariage, le racolage… en sont quelques exemples.

On peut être ou non d’accord avec l’argumentaire de cet auteur talentueux et érudit, il n’en reste pas moins que Vingt-trois prostituées (Paying for it, dans sa version originale anglaise), une bande dessinée autobiographique non complaisante possède un caractère social qui oblige le lecteur à se positionner face à l’hypocrisie de nos sociétés contemporaines.

Ce que j’ai aimé : Une certaine pudeur et le respect de l’anonymat des principales intéressées. La franchise et l’honnêteté de l’auteur dans ses propos. La simplicité du dessin mettant en évidence les dialogues.

Ce que je n’ai pas aimé : -


Cote : ¶¶¶

mercredi 21 juin 2017

Amqui (Éric Forbes)

Éric Forbes – Amqui. – Montréal : Héliotrope, 2017. – 284 pages.


Polar/Roman noir







Résumé : À l’arrêt d’autobus devant la prison de Bordeaux, un homme attend sous la pluie. Étienne Chénier : libraire dans la mi-trentaine, né à Amqui, friand d’arts martiaux. Condamné pour meurtre il y a quatre ans, il vient d’être relâché, bien avant la fin de sa peine, à la suite de tractations douteuses. Il attend, certes, le bus, mais surtout le moment propice pour exécuter un plan de vengeance longuement mijoté.

Comment  un simple libraire a-t-il pu se transformer en tueur sanguinaire ? Et que cachent les innombrables pans d’ombre de son histoire familiale ?

Commentaires : Voilà un véritable roman noir qui se lit avec intérêt, écrit par un libraire collectionneur de polars et originaire d’Amqui qui en est à son premier roman ! Une histoire qui se déroule à un rythme d’enfer mettant en scène un tueur impitoyable qui frappe sur tous ceux qui se retrouvent volontairement ou involontairement sur son chemin. Et, évidemment, un enquêteur du Service de police de la ville de Montréal (SPVM), Denis Leblanc, aux prises lui aussi avec ses problèmes personnels et une partenaire, Sophie qui peine à le supporter. De Montréal à Amqui, Étienne Chénier ne fait pas dans la dentelle. Disons que les globules rouges et blancs ont tendance à se répandre sur toutes les surfaces.

On y croit à ce personnage central dont la violence n’a d’égal que la justification de ses gestes criminels, jusqu’à en légitimer l’usage. Même crédibilité pour l’ensemble des autres personnages plus ou moins louches, de prime abord plutôt antipathiques. Un récit dans lequel même les forces policières sont mises en échec. Préparez-vous à être tenu en haleine tant que vous n’aurez pas lu les toutes dernières lignes du dernier chapitre.

J’ai, par contre, eu plus de difficulté avec le choix d’Éric Forbes d’impliquer un politicien aspirant à la chefferie du Parti québécois en en faisant un être véreux et corrompu qui a à son emploi des gardes du corps qu’on aurait plutôt tendance à associer à la pègre. Invraisemblable ce personnage qui ne cadre pas avec la tradition des élus de ce parti politique. Il faut croire que l’auteur avait ses raisons.

Amqui est un incontournable de la littérature noire québécoise qui ne compte que quelques auteurs qui ont choisi ce genre littéraire. Éric Forbes, un écrivain et un libraire amoureux des polars à suivre de près.
Ce que j’ai aimé : Le rythme soutenu et le découpage en courts chapitres dont les enchaînements contribuent à poursuivre la lecture sans relâche. Le style d’écriture et l’ambiance de l’histoire.

Ce que je n’ai pas aimé : -


Cote : ¶¶¶¶

Péril sur le fleuve (Daniel Lessard)

Daniel Lessard. – Péril sur le fleuve. – Montréal : Éditions Pierre Tisseyre, 2017. 224 pages.


Thriller politique et écologique :







Résumé : Mai 2018. A l’Anse-aux-Sarcelles, entre Berthier-sur-Mer et Montmagny, le Saint-Laurent de lumière matinale. Sur sa bicyclette, la biologiste Amélie Breton file vers la rive pour commencer sa journée. La découverte qu’elle est sur le point d’y faire va plonger le Québec dans une des pires crises politiques de son histoire…

Commentaires : Voici un thriller qui correspond bien à cette littérature de genre. Une histoire bien ficelée, crédible au point où on a l’impression qu’un film se déroule sous nos yeux, un bon suspense avec une finale imprévisible. Un scénario catastrophe qui met en scène des politiciens peu enclins à la protection de l’environnement, des biologistes engagés et frustrés de l’inaction gouvernementale, confrontés à des gouvernements improvisateurs au cœur de luttes de pouvoirs (le Québec face à Ottawa, Ottawa face à Washington); avec l’apparition d’une nouvelle menace terroriste, le terrorisme écologique, la cellule Sauvons le Saint-Laurent. Un groupe québécois d’influence djihadiste, dont l’action est inspiré du FLQ des années 70, et prêt à tout : attentats, communiqués, menaces, utilisation des médias, arraisonnement d’un super pétrolier immobilisé face à un lieu imaginaire, le village de l’Anse-aux-Sarcelles, entre Montmagny et Berthier-sur-Mer, avec comme objectif de le faire sauter sous le pont de Québec.

Tous les ingrédients sont présents pour confronter préoccupations environnementales, politiques et liées à la sécurité nationale. Un récit qui met en avant-scène deux personnages féminins sur qui repose le déroulement dramatique des événements : une biologiste résidente des lieux et une journaliste de Radio-Canada qui, grâce à ses sources qu’elle tient à protéger, permet de suivre, d’heure en heure, le drame. Après tout, l’auteur est un ex-journaliste de la société d’État qui connaît bien les l’envers du décor ainsi que du milieu politique.

Il est aussi intéressant de constater que, dans deux thrillers/polars écologiques québécois publiés à quelques mois d’intervalle, les auteurs projettent les événements dans un futur plus ou moins rapproché en campant leurs récits sur les rives du Saint-Laurent : une voie fluviale de plus en plus affectée par les activités humaines, tant côtières et que maritimes.

C’était aussi le cas dans Sans terre, de Marie-Ève Sévigny, que j’ai lu il y a quelques mois. Ce polar où s’entremêle le controversé futur pipeline transportant le pétrole de l’Ouest canadien vers les Maritimes et la corruption qui entoure un tel projet. Alors que les événements se déroulent en 2010, il est difficile de ne pas faire le lien avec le projet d’Énergie Est. Une autre illustration que la littérature policière et les thrillers sont un véhicule idéal pour porter un regard critique sur la société et sur le monde politico-économique qui dirige les sociétés modernes. Tant dans Péril sur le fleuve que dans Sans terres, certains personnages fictifs que mettent en scène les deux auteurs peuvent facilement être associés à certains qui dirigent actuellement les destinées du Québec (et du Canada).

Ce que j’ai aimé : Les préoccupations environnementales, les manipulations politiques, les relations tendues entre Québec et Ottawa, les Américains qui ont toujours la solution, peu importent les dommages collatéraux et le réalisme indéniable du récit qui se déroule demain, en 2018.

Ce que je n’ai pas aimé : -


Cote : ¶¶¶¶

vendredi 16 juin 2017

Marie pleurait sur les pieds de Jésus (Chester Brown)

Chester Brown. – Marie pleurait sur les pieds de Jésus. – Paris : Cornélius, 2016. – 269 p.


Bande dessinée







Résumé : Quel rôle les femmes ont-elles joué dans la grande histoire de la Bible ? À quels moments le corps et la sexualité ont-ils influencé le récit de ce mythe fondateur ?

En s’interrogeant sur les raisons qui poussent Matthieu à intégrer cinq histoires de femmes dans sa généalogie de Jésus, Chester Brown développe un point de vue audacieux sur l’usage du corps et de l’argent dans les Évangiles. Il s’approprie ainsi neuf passages, extraits des Écritures, qui remettent en question le tabou de la prostitution, la fonction première du don et l’obéissance aveugle à Dieu.

Les destins croisés de Tamar, Rahab, Ruth, Marie et Bethsabée nuancent l’idéologie enracinée d’un corps féminin procréateur et immaculé. Loin d’être puni, le travail sexuel apparaît comme un état de fait, où la femme devient complice de la volonté de Dieu. De la même manière, les adorateurs imbéciles qui suivent avec acharnement les consignes du Tout-Puissant ne sont pas pour autant récompensés. Bien au contraire, désobéir permet de prouver sa valeur.

Commentaires : Chester Brown est un auteur de bandes dessinées d’origine montréalaise plutôt étonnant. Ici, encore une foi dans une BD très documentée, à la fois ambitieuse et, jusqu’à un certain point impudique, celui-ci nous offre une interprétation personnelle des liens naturels entre la religion, la prostitution et l’obéissance à l’autorité divine. Tout en s’appuyant sur de nombreuses sources, dont certains textes de la Bible. La question qui se pose : Marie, mère de Jésus, était-elle une prostituée ? Et Jésus condamnait-il la prostitution ? À une époque où des femmes comme Bethsabée, Ruth, Rahab et Tamar (quatre prostituées que l’apôtre Mathieu a intégrées dans la généalogie de Jésus en rédigeant son évangile quelques années après la crucifixion du Christ). Elles qui auraient fait ce choix de vie afin d’améliorer leur statut social.

Intéressante perspective de débats qui nous amènent à remettre en question la moralité d’une époque où la normalité d’une pratique était possiblement acceptée, action rédemptrice en opposition aux commandements d’un Dieu dominateur. Intéressant aussi quand on sait que les préceptes religieux qui découlent du Livre saint continuent de prôner jusqu’à aujourd’hui l’abstinence sexuelle avant le mariage. Et qu’en est-il de la réalité ? …

Chester Brown nous présente chacune des neuf histoires qui composent cet ouvrage sans artifice. En complément, il commente et analyse sur plusieurs pages (près du tiers de l’ouvrage) à partir d’une impressionnante documentation, résultat d’une recherche colossale. Le résultat est fort convaincant avec des textes sans artifice et un dessin d’une simplicité déconcertante qui caractérise les BD de cet auteur canadien. Le tout incrusté à raison de quatre cases par page qui mènent à l’essentiel de la thèse mise de l’avant.

Une lecture fort agréable à anticiper malgré un titre qui, de prime abord, est plutôt intriguant. Un ouvrage qui démontre, lui aussi, comment l’interprétation historique d’une autre époque (ici, sur des thèmes liant la sexualité, l’argent et la morale) peut se nuancer sur la base de recherches approfondies. Comme quoi, tout n’est jamais complètement noir ou complètement blanc lorsqu’on relit l’histoire de l’Humanité.

Ce que j’ai aimé : Le sujet évidemment. Entre autres, la représentation visuelle de Dieu, lorsqu’Il interagit avec certains personnages.

Ce que je n’ai pas aimé : -


Cote : ¶¶¶¶

Jurée no 9 (Claire Cooke)

Claire Cooke – Jurée No 9 Une enquête d’Emma Clarke. – Saint-Bruno-de-Montarville : Les éditions Goélette, 2017. – 375 p.


Polar







Résumé : À peine remise de sa dernière enquête, Emma Clarke est aux prises avec un nouveau meurtre. Carmen Lopez, assistante à la galerie d'art On aura tout vu!, est retrouvée sans vie dans son salon. Très vite, l'affaire tourne au triangle amoureux impliquant un illustre avocat et son épouse. Mais alors que tous les indices mènent vers une seule personne et que le procès se met en branle, les doutes refont surface, pointés par une troublante jurée.

Commentaires : Jurée No 9 met en scène une enquêtrice, Emma Clarke, pianiste et adepte de moto, aux prises avec ses propres démons (encore un autre membre du corps policier qui a des comptes à régler avec son passé) et une jurée psychologiquement déséquilibrée, décidée à venger toutes les femmes de l’outrage (je n’en dis pas plus) dont elle a été elle-même victime en tentant d’influencer le jury. Et quelques personnages généralement bien campés dans une histoire de crime passionnel dont on ne connaît le dénouement évidemment imprévu qu’à la toute fin. En ce sens, le suspense est maintenu tout au long des 375 pages.

Ce roman se divise en deux parties : la première décrit sans dévoiler d’indices l’objet de l’enquête : une maîtresse enceinte assassinée, un mari avocat trompeur et macho, une épouse photographe  dans le coma à la suite d’un accident de voiture, un galeriste, un policier en amour avec l’enquêtrice dont le père, résident à Londres, est aussi policier coincé dans une enquête qui ne donne aucun résultat et quelques autres personnages secondaires. Bien que de prime abord le scénario semble bien imaginé, l’enquête, ponctuée de visites d’Emma Clarke chez sa psy piétine comme c’est souvent le cas dans cette littérature de genre.

La deuxième partie décrit le procès et le stratagème imaginé par la jurée no 9. Difficile de croire qu’un membre d’un jury puisse se présenter au quotidien sous un déguisement, même si la protagoniste est une maquilleuse au cinéma. J’ai eu aussi beaucoup de difficulté avec le déroulement des interrogatoires au palais de justice : la séance s’ouvre en début d’avant-midi, les avocats interrogent un témoin (une dizaine de questions pour la Couronne, cinq ou six pour la défense – lu en 5 minutes) et voilà que la séance est levée pour le dîner.

Somme toute une histoire intéressante, quoique plutôt mince. Le premier roman de Claire Cook, Le cruciverbiste dont la critique avait été plutôt positive, semble-t-il, annonçait une suite prometteuse. Je me promets de le lire afin de me faire une meilleure idée du potentiel de cette auteure sympathique.

Ce que j’ai aimé : La réflexion sur le modus operandi de meurtres commis par des femmes vs par des hommes.

Ce que je n’ai pas aimé : La sauce un peu étirée : le récit aurait pu être réduit de quelques dizaines de pages.


Cote : ¶¶

vendredi 2 juin 2017

Les furies (Loren Groff)

Loren Groff. – Les furies. – Paris : Éditions de l’Olivier, 2017. – 430 p.

Roman









Résumé : En 1991, Lotto et Mathilde ont 22 ans. Séduisants et amoureux, ils se sont rencontrés à l'université et se marient rapidement. Dix ans plus tard, Lotto est devenu un dramaturge reconnu et son épouse le soutient dans toutes ses entreprises. Archétype du couple réussi, ils suscitent des jalousies. Mais leur union pourrait avoir une raison d'être peu avouable.

Commentaires : Ce roman de cette auteure américaine d’origine Amish raconte l’histoire d’un couple : d’une part Lancelot Satterwhite que son entourage appelle Lotto, le modèle du jeune Américain parfait, beau, narcissique et jusqu’à un certain point talentueux (plutôt dans dramaturgie que dans le métier d’acteur); et d’autre part, Mathilde, jeune mannequin, grande blonde solitaire et secrète qui suscite l’envie de leurs amis et qui séduit Lotto dès la fin de ses études universitaires et qui l’épouse pour former un couple que tous qualifient de parfait.

Il y a deux histoires dans ce roman : la première, intitulée « Fortune » raconte le quotidien vu par Lotto jusqu’à son décès. Un récit qui semble un peu banal dans lequel on se demande parfois où s’en va l’auteur. Personnellement, j’ai failli décrocher, n’eût été la recommandation d’un ami de poursuivre la lecture. Puis, dans une deuxième partie intitulée « Les furies », le roman prend tout son sens : c’est la version de Mathilde, veuve dévastée en fureur qui revit son enfance, son adolescence et ses premiers pas dans le monde des adultes. Des secrets avec lesquels le lecteur fait le pont avec le récit de Lotto.

Avec un style nourri par de nombreuses références littéraires, le roman de Loren Groff pose les bases d’une réflexion sur le mariage et la réussite sociale : qu’est-ce qu’une vie réussie et à quel prix et qu’en est-il de la fidélité?


Cote : ¶¶¶

mardi 23 mai 2017

Où le soleil s'éteint (Jacques Côté)

Jacques Côté. – Où le soleil s’éteint - Une enquête de Daniel Duval. – Lévis : Éditions Alire, 2017. – 366 p.

Polar








Résumé : Juillet 1983... Sur l'autoroute 20, Benoit Ayotte et Sylvain Mailloux, deux voyous en provenance de Montréal, font du pouce vers l'est. Ayotte veut se terrer au chalet de l'oncle de Mailloux, à Rivière-à-Pierre, car, en mission pour son clan, il a abattu par erreur un innocent père de famille plutôt qu'un membre d'un gang rival. Mais dès leur arrivée dans la région de Québec, la mort s'invite dans le périple des deux malfrats. Quand le corps d'un homme sans papiers - et sans tête ! - est découvert sur la voie ferrée du tracel de Cap-Rouge, l'équipe du lieutenant Duval est chargée de l'enquête qui déterminera s'il s'agit d'un meurtre ou d'un suicide. Ajoutée à la découverte d'indices incriminants dans un bosquet sur le promontoire qui jouxte la vertigineuse structure métallique, la disparition dans le même secteur de deux jeunes filles fait cependant craindre le pire au lieutenant, dont l'humeur est déjà assombrie par l'effritement de sa relation avec Laurence, sa femme. Or, pendant que les policiers peinent à comprendre ce qui s'est passé ce soir-là dans les hauteurs de Cap-Rouge, la trajectoire meurtrière du tueur fou se poursuit en toute impunité...

Commentaires : Nébulosité croissante en fin de journée est le premier polar québécois et le premier roman de Jacques Côté que j’ai lu après m’être initié à cette littérature de genre, entre autres auprès de Michaël Connelly. J’ai retrouvé, dans Où le soleil s’éteint une structure romanesque comparable : étalage d’une série de meurtres dont est témoin le lecteur (j’aime bien cette approche), entrée en scène du héros de Côté, le lieutenant de la SQ Daniel Duval et son fidèle « gros » collègue et « preacher », Louis Harel. Ici, l’enquête s’étend sur neuf jours (avec quelques longueurs) et se termine, un peu comme dans Nébulosité croissante...,  sur les chapeaux de roues, expression particulièrement appropriée dans ce cas-ci.

Les personnages de Côté sont toujours bien typés, évoluant ici dans l’environnement des années 80, avec de nombreuses références musicales dont plusieurs m’étaient inconnues. Leurs caractéristiques physiques et leurs niveaux de langage les rendent tous très crédibles. Le choix et la description des lieux où se déroule l’intrigue contribuent à nous plonger dans l’atmosphère glauque de cette histoire dans laquelle un meurtre n’attend pas l’autre …  Sans oublier les fantasmes sexuels récurrents, assouvis ou non, des criminels et des policiers exposés aux tentations de la chair.

Personnellement, j’aime les romans qui nous font voyager sur de grandes ou de courtes distances. C’est ici le cas :  depuis la tête des ponts de Québec jusqu’au plus profond de la Beauce, à quelques kilomètres de la frontière américaine, en passant par Cap-Rouge et son tracel, Donnacona, Rivière-à-Pierre, le boulevard Hamel à Québec, l’île d’Orléans…

Somme toute, un bon Jacques Côté. Avec une finale qui laisse en suspens des questions non résolues, annonciatrice d’une suite. J’ai déjà hâte.

À mon humble avis, je suis un nostalgique, Nébulosité croissante en fin de journée, n’est pas déclassé dans mon palmarès.

Ce que j’ai aimé : L’intrigue qui fait en sorte que le lecteur sait tout alors que les enquêteurs doivent découvrir. Les niveaux de langages, dont un accent marqué d’une Beauce profonde. De façon générale, une ambiance québécoise qui crédibilise les personnages.

Ce que j’ai moins aimé : J’ai eu un peu de difficulté avec le fait que les services d’identité judiciaire étaient plus efficaces pour appareiller les cheveux d’une des victimes que les deux parties d’un corps retrouvé. Dans la scène finale, il n’est pas toujours facile de visualiser l’action dans le labyrinthe...

Cote : ¶¶¶¶

dimanche 14 mai 2017

J'haïs les bébés (François Barcelo)


François Barcelo. – J’haïs les bébés. – Montréal : Coups de tête, 2016. – 99 p.

Roman noir








Résumé : Viviane déteste les bébés. Elle a des enfants, mais ne les voit presque plus. Elle leur fait croire qu’elle passe Noël dans le Sud alors qu’elle s’en va seule dans une cabine à Percé. Une nuit, un panier contenant un bébé naissant est laissé à sa porte. Question d’épargner à l’enfant une vie d’enfer, Viviane décide d’abréger ses jours. Mais, rien ne se passe comme prévu : on ne se débarrasse pas d’un bébé comme ça, surtout pas quand les cabines sont remplies de touristes français et que nos pas laissent des traces dans la neige…

Commentaires : Après le hockey, les Anglais et les vieux (que je lirai certainement), voici François Barcelo qui nous raconte, par le biais d’une grand-mère qui n’a peut-être pas toute sa tête, en quoi il déteste peut-être lui-même les bébés. À commencer par le grand dérangement qu’ils causent dans les avions en pleurant et en hurlant pendant tout le vol. J’ose imaginer que l’auteur s’appuie sur son vécu de grand voyageur.

Dans J’haïs les bébés, comme on dit au Québec, Barcelo utilise une recette de son cru : comment il est peut-être facile d’imaginer tuer l’objet de nos hantises mais, dans la réalité, comment l’environnement, le contexte et le hasard nous mettent des bâtons dans les roues. Toutes les hypothèses les plus farfelues, les unes que les autres, sont soulevées par le personnage central, lui-même narrateur dans cet opuscule d’à peine 100 pages. L’occasion rêvée de porter des jugements sur la vie en société. Avec, évidemment, une finale imprévisible. Rigolo par moment, sarcastique et surtout noir, particulièrement dans la scène du chat et du... Je vous laisse découvrir. Une tueuse qui n’haït peut-être pas tant que ça le bébé qui s’est invité. Un bon divertissement.

Ce que j’ai aimé : La structure interne du roman qui nous incite à poursuivre la lecture de chapitre en chapitre.

Ce que j’ai moins aimé : Une certaine récurrence, quoique efficace, de la structure romanesque comparativement aux autres opus de la même série.


Cote : ¶¶¶


lundi 8 mai 2017

Louis Riel (Chester Brown)

Chester Brown. – Louis Riel. – Montréal : La Pastèque, 2012. – 249 pages.
ISBN 978-2-922585-96-4

Bande dessinée historique







Résumé : À la fin du XIXe siècle, le territoire de la rivière Rouge est cédé au Canada, colonie de l’Empire britannique. Cependant, les habitants catholiques, métis d’Indiens et de Français, n’entendent pas à être gouvernés par la lointaine couronne d’Angleterre.

Louis Riel, chef charismatique et passionné, mène la Rébellion métisse jusqu’à son terme, entre la folie et la mort. De la conciliation à la lutte armée, cette aventure politique et humaine reste une des pages les plus controversées de l’histoire canadienne.

Commentaires : Chester Brown est né en 1960 près de Châteauguay, au Québec. Avec Louis Riel, il apporte une contribution très visuelle de l’histoire des métis (les sangs mêlés) du Manitoba et de la Saskatchewan. Quelle belle formule très documentée pour enseigner l’histoire ! Car l’auteur cite toutes ses sources dans une section Notes à la fin de son ouvrage. Un ouvrage incontournable pour constater encore une fois comment le Canada qui fête en 2017 son 150e anniversaire s’est bâti dans le non-respect des communautés qui ont progressivement occupé le territoire. On y retrouve tous les acteurs politiques et militaires qui ont sévi et manigancé la pendaison du leader des Métis. Particulièrement le premier ministre conservateur alcoolique et « patroneux » et sa célèbre déclaration : « Tous les chiens du Québec pourraient bien aboyer en sa faveur, il sera pendu ». Cette bande dessinée est une véritable découverte.

Ce que j’ai aimé : La qualité graphique. Le choix du noir et blanc. La façon de distinguer les langues parlées (français, anglais, amérindien). Les précisions historiques. Le déroulement du procès,

Ce que j’ai moins aimé : –


Cote : ¶¶¶¶¶


Bondrée (Andrée A. Michaud)

Andrée A. Michaud. – Bondrée. – Montréal : Québec Amérique 2015. – 364 pages.
ISBN 978-2-7644-2988-4

Polar







Résumé : Été 1967. Un lieu de villégiature à la frontière du Québec et de l’état du Maine où se retrouvent, chaque été, des familles d’anglophones et de francophones. Un lac, Boundary Pond, rebaptisé par un des premiers occupants des lieux Bondrée. Un été comme les autres, paisible, mais soudainement perturbé par un drame : une adolescente est retrouvée morte, une jambe coincée dans un piège à ours rouillé. S’agit-il d’un accident ou doit-on craindre le pire ? Mais lorsque la meilleure amie de la jeune fille disparaît et est retrouvée à son tour dans les mêmes circonstances, la panique s’empare des familles.  

Commentaires : Pas surprenant que l’auteure de ce roman ait remporté le Prix littéraire du Gouverneur général, le Prix Saint-Pacôme du roman policier, le Prix Arthur Ellis du roman policier en langue française et, plus récemment, le Prix des lecteurs Quais des polars – Lyons/20 minutes.
L’auteure nous plonge dans une ambiance de plus en plus inquiétante au fur et à mesure du déroulement du drame. Aucun dialogue. Tout est dans l’alternance de la narration d’une jeune observatrice des événements, une fillette de 12 ans prénommée Andrée et d’un narrateur anonyme. Le lecteur est agréablement plongé d’une manière très intimiste dans l’ambiance qui prévalait à l’époque du récit. Impossible de deviner qui hante la vie de ces estivants pendant que se tient à Montréal l’Expo 67. Bondrée est un polar qui se savoure page par page. Écrit dans un style littéraire unique qui nous fait revivre, sans contredit, le quotidien de l’époque.

Ce que j’ai aimé : L’ambiance générale et la structure de l’intrigue. La psychologie des personnages. Les commentaires de la jeune Andrée observatrice naïve des événements. La description des mêmes scènes mais du point de vue des autres protagonistes.

Ce que j’ai moins aimé : –


Cote : ¶¶¶¶¶

mercredi 19 avril 2017

Promenades dans la Barcelone de L’ombre du vent (Sabine Burger, Nelleke Geel, Alexander Schwarz avec la collaboration de Carlos Ruiz Zafón)

Sabine Burger, Nelleke Geel, Alexander Schwarz avec la collaboration de Carlos Ruiz Zafón. – Promenades dans la Barcelone de L’ombre du vent. – Paris : Grasset, 2007. – 104 pages.
ISBN 978-2-246-86193-5

etc.






Résumé : Petit guide de Barcelone qui invite le lecteur-voyageur à explorer, en compagnie de Carlos Ruiz Zafón, l’univers et les lieux évoqués dans L’Ombre du vent. On y retrouve des extraits du roman, des photos, des détails historiques ou touristiques ainsi que les commentaires de l’auteur nous font découvrir ou retrouver certains quartiers de cette ville magique, notamment le Barri Gòtic, véritable labyrinthe, mais aussi l’avenue du Tibidabo où vivent les Aldaya, le Carrer de Santa Anna, chez Daniel Sempere… Une flânerie littéraire qui prolonge le plaisir de la lecture du magnifique roman de Zafón si vous êtes à la recherche du Cimetière des livres oubliés !

Commentaires : Barcelone est une ville que j’aime. J’y ai séjourné près d’une vingtaine de fois et je suis toit à fait d’accord avec Carlos Ruiz Zafón : « Ma Barcelone est enchanteresse, vaniteuse, belle et dangereuse, elle essayera de vous séduire, de vous dérober votre âme, dès que vous vous y aventurerez. Méfiez-vous d’elle ! » Ce guide « touristique » m’a rappelé certains lieux mythique de différents quartiers que j’ai fréquenté et m’en a fait connaître quelques autres en me donnant le goût de les découvrir. Deux cartes permettent de localiser facilement les sites qui y sont décrits.

Si vous séjournez une semaine ou deux à Barcelone, programmez votre visite à l’aide de ce petit guide. Vous serez conquis par la capitale catalane dont la richesse architecturale et la vie quotidienne et trépidante de ses habitants en font un incontournable européen.

Ce que j’ai aimé : L’insertion d’extraits du roman accolés aux descriptions actuelles des lieux. Les commentaires de Zafón. Les tons de gris des illustrations qui contribuent à entretenir le mystère. Les détails historiques et touristiques.

Ce que j’ai moins aimé : –


Cote : ¶¶¶

Le Chercheur d'âme (Steve Laflamme)

Steve Laflamme. – Le Chercheur d’âme. – Montréal : Éditions de l’Homme, 2017. – 457 pages.
ISBN 978-2-7619-4867-8

Polar







Résumé : Les victimes d’un tueur en série sont retrouvées sans visage dans différentes villes du Québec. Le meurtrier, surnommé le « Chercheur d’âme », laisse sur le corps de chaque femme un message énigmatique : sous forme d’un tatouage et un autre dans une pochette de vinyle à l’intention des policiers de l'Unité des crimes majeurs de la Sûreté du Québec. L’enquête est menée dans l’univers des programmes de lutte par le sergent-détective Xavier Martel, un policier nouvellement arrivé à Québec aux prises avec ses propres démons intérieurs. Victime de violence dans son enfance, Martel se donne comme mission personnelle de faire cesser le carnage tout en assouvissant son propre désir de vengeance, car « à force de lui faire montrer les dents, la colère transforme l'homme en animal... ».

Commentaires : Ce premier roman du Québécois Steve Lafamme peut définitivement être qualifié à la fois de polar et de roman noir. Une fiction qui vous accroche dès les premières phrases du premier chapitre et qui vous tient en haleine jusqu’au point final. Préparez-vous à frissonner avec la description du premier meurtre qui donne le ton. Dans un style littéraire à la fois cru et parsemé d’un humour corrosif, l’auteur nous plonge progressivement dans la psychologie d’un psychopathe marqué par ses caractéristiques physiques et la violence qu’il traîne depuis sa naissance. Attendez-vous à des rebondissements qui vous inciteront à poursuivre la lecture jusqu’au dernier couvert.

Ce roman est très documenté, tant dans les aspects « cliniques » qui entourent chacun des meurtres que dans l’univers particulier des lutteurs professionnels autour desquels est construite l’énigme du « Chercheur d’âme ». Un univers glauque qui amène Xavier Martel à côtoyer inconsciemment les protagonistes de ce scénario macabre.

Une autre qualité de ce polar : rien n’est laissé en plan lorsqu’à la toute fin on débouche sur les remerciements de l’auteur.

Si vous aimez les fictions noires bien ficelées et très crédibles, vous serez, comme moi, comblés. Vivement un deuxième roman pour ce jeune auteur des plus prometteurs. Et pourquoi pas, à quand une adaptation du « Chercheur d’âme » pour le grand écran ou une minisérie télé ?

Ce que j’ai aimé : L’originalité de l’histoire. La qualité littéraire – on s’y attendait de la part d’un professeur de littérature – et l’humour grinçant du policier enquêteur. La structure d’ensemble du récit. Le rythme et la progression de l’histoire. Le profil psychologique original du tueur.

Ce que j’ai moins aimé : –

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lundi 10 avril 2017

Les petites misères - Richard Ste-Marie

Richard Ste-Marie – Les petites misères. – Québec : Éditions Mémoire Vive, 2004. – 195 p.

etc.







Résumé : Textes d’émissions de radio diffusées à CKRL (Québec), Les petites misères au cours desquelles Richard Ste-Marie s’était donné de « faire voir que pour comprendre ce monde dans lequel nous visons, il faut accepter qu’il est lui-même incohérent et n’a de sens que celui qu’on y apporte soi-même.»

Commentaires : Pourquoi commenter un ouvrage publié il y a 13 ans, me direz-vous ? D’abord parce qu’il m’a permis de rencontrer pour la première fois Richard Ste-Marie dans une conférence présentée en 2016, à la bibliothèque Monique Corriveau de Québec. Un auteur de polars que je connaissais; un artiste dans tous les sens du terme et un humaniste que j’ai découvert. Mais aussi à cause du plaisir que j'ai eu à sa lecture.

Les petites misères regroupe une variété de sujets à partir desquels l’auteur dit « ce qu’il sait » et « ce qu’il pense » en partant du principe que comme le disait Pierre Bourgault, « Il faut dire ce qu’on pense, ça aide les autres à penser ».

Même si elles datent de près d’une quinzaine d’années, ces réflexions sur l’évolution du monde dans lequel on vit sont toujours d’actualité. Une trentaine de courts textes qui nous amènent à nous interroger sur la censure, une grève générale de l’art, les valeurs, le statut de l’artiste, le « montréalisme », l’écriture, la foi… et j’en passe.

À lire et à relire pour constater que dans notre quotidien, il n’y a pas vraiment rien de nouveau sous le soleil.

Ce que j’ai aimé : La générosité de l’auteur et son sens de l’humour.  

Ce que j’ai moins aimé : -


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mercredi 5 avril 2017

Automne rouge (André-Philippe Côté et Richard Vallerand)

André-Philippe Côté et Richard Vallerand – Automne rouge. – Montréal : Les Éditions de la Pastèque, 2017. – 102 p.

etc. Bande dessinée







Résumé : Québec, octobre 1970. Laurent Lessard doit présenter un travail scolaire dans lequel il doit inventer un héros québécois. Dans son quotidien, sa mère Aline, syndicaliste engagée dans un conflit de travail, sa tante Marie, serveuse dans un bar aux prises avec des problèmes de drogue, monsieur Lebrun, son père de substitution, un homme effacé et discret, et Jason, un jeune Huron en colère. Dans un décor de Crise d’octobre, de radio poubelle et d’intimidation à l’école, Laurent découvrira finalement son véritable héros.

Commentaires : Cette bande dessinée « historique » nous replonge dans le contexte des événements marquants ancrés dans l'imaginaire québécois : les coups d’éclat du Front de libération du Québec (FLQ), l'enlèvement du diplomate britannique James Richard Cross et l'assassinat du ministre libéral Pierre Laporte... 

J’ai bien aimé ce récit qui met en vedette des gens ordinaires qui doivent se soumettre à ceux qui ont le pouvoir politique ou de l’argent ou qui sont physiquement plus vulnérables et qui redressent l’échine, en réaction à l'injustice. Les éléments de la grande histoire n’étant qu’un prétexte à cette histoire qui se déroule à la haute ville et à basse ville Québec. Une histoire simple et efficace avec un clin d'œil au Manifeste du FLQ, à René Lévesque, cigarette au bec, qui recrute dans la rue ses futurs députés... 

Ce que j’ai aimé : Le découpage de l’histoire et la qualité graphique. Les références historiques.  

Ce que j’ai moins aimé : Certains raccourcis et la finale plutôt abrupte.


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Daniil et Vanya (Marie-Hélène Larochelle)


Marie-Hélène Larochelle. – Daniil et Vanya. – Montréal : Québec Amérique, 2017. – 283 p.
ISBN 978-2-7644-3282-2

Thriller psychologique






Résumé : Un couple fortuné de designers de Toronto, Gregory et Emma, décide de se tourner vers l’adoption internationale à la suite d’une grossesse avancée interrompue qui ne leur permet plus d’espérer un autre enfant. Après une évaluation de leur environnement familial, on leur annonce qu’un enfant les attend Russie. Ils partent à l’aveugle et, à leur grande surprise, on leur remet sans complexité administrative des jumeaux en très bas âge. Le retour en avion est pénible compte tenu de l’état de santé des deux garçons prénommés Daniil et Vanya.

Les mois et les années passent et les enfants qui, jusqu’à l’adolescence, sont de moins en moins identiques, ont des comportements inquiétants et excessifs. Ce qui a des conséquences néfastes sur la vie quotidienne de la petite famille. Il est évident qu’ils n’aiment pas leurs nouveaux parents et particulièrement Emma qui a abandonné sa carrière pour s’occuper, en vain, de leur développement. Eux qui ont des problèmes de relations avec d’autres enfants de leur âge, s’isolent, fuguent, commettent des méfaits...  Qui sont ces garçons qui semblent avoir décidé dès le premier jour où ils ont fait la connaissance de leurs nouveaux parents à rejeter ce lien familial?  

Commentaires : J’ai beaucoup aimé ce premier roman de Marie-Hélène Larochelle, spécialiste de la violence dans la littérature contemporaine et enseignante à l’université de York. Tout y est très crédible et je m’y suis accroché dès les premiers chapitres. On sent qu’un drame se prépare dans l’univers du couple Gregory et Emma : dès leur arrivée en Russie et sur le vol de retour. Et ces enfants soudés l’un à l’autre qui ne parlent pas : il est indéniable que cette image marque le lecteur. L’auteure sait aussi entretenir le mystère et un certain climat de tension au fur et à mesure qu’elle raconte l’histoire de cet échec dans l’adoption de deux enfants dont ils ignorent tout de leur origine biologique. Les déboires du couple s’accumulent et s’amplifient au point où le lecteur a hâte de comprendre les origines de cette tragédie humaine. Et on s’attend au pire. En ce sens, le suspense est très bien entretenu, et ce jusqu’à la toute fin du roman où la vérité éclate au grand jour avec les conséquences qui en découlent. Quoique certaines questions restent sans réponse.

Ce que j’ai aimé : La forme du récit (Emma qui raconte) qui donne aussi la parole aux jumeaux, dans la dernière partie. La qualité d’écriture.

Ce que j’ai moins aimé : -

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vendredi 24 mars 2017

J'haïs les Anglais (François Barcelo)

François Barcelo. – J’haïs les Anglais. – Montréal : Coups de tête, 2014. – 108 p.

Roman noir







Résumé : Le narrateur, dont on ignore le nom, est l’employé d’une banque québécoise, la BQ, dans le village fictif de Sainte-Cécile-de-Bougainville et aspire à en devenir le directeur adjoint. Avec l’arrivée d’une succursale d’une banque canadienne dirigée par des anglophones, la TCBC (Trans-Colonial Bank of Canada) dans l’édifice voisin, le jeune homme de 28 ans qui ne parle pas anglais et qui déteste les anglophones craint pour son emploi et sa carrière.

Après s’être vu refusé un prêt tant par la BQ que la TCBC pour l’achat d’une franchise de la Baraque à poutine qui 162 variétés de poutines  et assurer son avenir, le protagoniste décide de planifier un braquage de son concurrent : agir pendant sa pause en s’inspirant du modus operandi du voleur qui s’était attaqué à la BQ quelques mois plus tôt en laissant croire à ses collègues de travail qu’il est endormi dans son bureau, fuir en autobus et revenir à la BQ en taxi, avec le butin… le tout en moins d’une heure.

Mais son plan de fuite ne se déroule pas du tout comme prévu : des touristes australiens qui ne parlent pas français, un GPS, des panneaux de signalisation, un pont ferroviaire, des dizaines de morts et quelques blessés encore conscients se mettent de la partie faisant en sorte que le rêve devienne un cauchemar.

Commentaires : J’haïs les Anglais  est le deuxième roman noir de la quadrilogie publiée à ce jour par François Barcelo aux éditions Coups de tête. J’haïs le hockey était rigolo sans plus. Avec une finale qui manquait de punch. Mais ici, j’avoue m’être  davantage amusé avec les aventures rocambolesques de ce personnage dont la naïveté s’harmonise à merveille avec le cynisme des jugements qu’il porte sur les travers de la société québécoise.

On est en présence d’un personnage loufoque qui ne lâche pas le morceau, même si en cours de route les données  et les événements anticipés ne sont pas nécessairement au rendez-vous comme prévu. Un Québécois né pour un petit pain qui, au fur et à mesure que se déroule le récit, attire toute la sympathie du lecteur. Au point où on lui souhaite même de réussir. Le tout raconté sur à peine une centaine de pages.

À lire, peut-être pas pour haïr les Anglais, mais pour rigoler pendant quelques heures.

Ce que j’ai aimé : La structure et le rythme du récit. Le climat général. La résilience du protagoniste. Évidemment la qualité de l’écriture et la construction romanesque : un conte fantaisiste.

Ce que j’ai moins aimé : -


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lundi 20 mars 2017

Le jardinier des Molson (Pierre Falardeau et Richard Forgues)

Pierre Falardeau (scénario) et Richard Forgues (dessins). – Le jardinier des Molson. – Montréal : Gentilhomme de fortune, 2014. – 414 pages.
ISBN 978-2-9812311-1-6

etc. Bande dessinée




Résumé : Nous sommes à la fin de 1918, dans le nord de la France. Quatre jours dans la vie de soldats du 22e régiment dirigés par le sergent Jules Simard, jadis jardinier des Molson à Grand-Métis. La troupe est en première ligne, dans un poste avancé, dans des conditions déplorables. Malheureusement le groupe canadien-français, les Allemands creusent sous leur poste une mine pour y stocker des tonnes d'explosifs avec comme objectif de le faire sauter quand l'occasion se présentera. Pendant les quatre jours les plus longs de leur vie, la section de Jules Simard discutent de politique, d’exploitation des francophones par les anglos, de trahison de leur élite en attendant le moment fatidique. La vengeance du jardinier des Molson sera impitoyable.

Commentaires : On a affaire ici à une adaptation sous forme de bande dessinée d’un scénario d’un film qu’avait écrit le cinéaste Pierre Falardeau qui, on le comprend par la critique acerbe de la société "canadienne" de l’époque, n’avait jamais été réalisé, de financement.

L’auteur nous fait revivre, de manière très intimiste, les conditions inhumaines des soldats conscrits dans les tranchées boueuses de cet avant-poste non stratégique. Écrit dans un langage très québécois qui alourdit parfois la lecture, assorti, de page en page, du vocabulaire religieux servant à marquer colère et dégoût, cette bande dessinée constitue une belle contribution à la connaissance de l’Histoire non officielle « canadienne-française). Falardeau utilise le contexte meurtrier de la Grande Guerre pour décrire l’exploitation des canadiens-français par la bourgeoisie anglophone, le clergé collaborateur, les politiciens véreux et les journalistes complaisants qui imposent leur vision au petit peuple de colonisés.

Ce que j’ai aimé : L’ambiance créée par les dessins de Forgues. La description de la vie quotidienne dans les tranchées. Les références historiques et la lucidité des protagonistes.  

Ce que j’ai moins aimé : Le format du livre. Une couverture plus rigide en aurait facilité la lecture.


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samedi 18 mars 2017

Je suis un tueur humaniste (David Zaoui)

David Zaoui. – Je suis un tueur humaniste. – Paris : Éditions Paul & Mike, 2016. – 233 pages.
ISBN 978-2-36651-094-2

Roman noir







Résumé : Orphelin depuis l’âge de six mois, Ernest Babinsky possède un don hors du commun pour le tir : à l’arbalète, aux billes, au caillou, à l’étoile de Ninja, au lance-pierre, à la fléchette et à l’arc. Toujours en plein dans la cible avec ses projectiles, admiré de tous, dans l’orphelinat de Montpellier où l’ont abandonné ses parents. Jusqu’à la fin de son adolescence, alors qu’il fait la rencontre du petit Roberto (aussi appelé Cyrus le gros) qui le prend sous son aile et l’initie au maniement des armes à feu : Magnum, Beretta, Colt, Smith & Wesson, fusils à canon lisse, à pompe, à canon rayé, à verrou, semi-automatiques… Avec lesquels il excelle. Un jour, à la demande du petit Roberto, Babinski accepte de devenir tueur à gages.

Mais Babinski aime son prochain et refuse de tuer même des mécréants en exigeant au préalable que ses victimes ne meurent pas sans avoir vécu le plus beau jour de leur vie, sans avoir été pleinement heureuses. Et le tueur humaniste et parisien ne veut pas tuer les animaux pour le plaisir, surtout pas les chiens, même pour les manger. Après un contrat réussi haut la main en éliminant un névropathe surnommé Gaëtan-le-vrai-fils-de-pute, Babinski peine à retrouver le sommeil et décide de consulter un psy plutôt excentrique. De contrat en contrat, à la recherche de son propre bonheur, l’as du tir est de plus en plus confronté avec sa propre raison de vivre.

Commentaires : Lorsque David Zaoui m’a offert de me transmettre une copie de son premier roman, un « polar déjanté » comme il l’a qualifié, j’ai été curieux par la thématique originale : « un tueur à gages qui rend heureuses ses futures victimes avant de les liquider! et... qui se fait psychanalyser ». J’ai aussi accepté l’offre parce que je suis sensible au fait que les nouveaux auteurs – j’en suis - peinent à se faire connaître et à intéresser le lectorat qu’ils visent à la suite du lancement de leur premier opus.

Telle ne fut pas mon étonnement, après quelques chapitres. Une œuvre originale ! Un tueur attachant et intellectuel qui lit les grands philosophes et écoute Johannes Brahms pour traverser ses nuits d’insomnie. Un assassin qui n’est pas recherché par la police ! Qui côtoie une brochette de personnages tous aussi plus originaux les uns que les autres, presque sortis d’une bande dessinée : le propriétaire du bistro, le pizzaiolo, le psychopathe fabriquant de poisons… et les victimes, évidemment. Dans un scénario teinté d’un humour subtil et d’une critique sociale bien sentie. Avec de longs dialogues découpés au scalpel, parfois presque irréels, qui dépeignent à merveille la psychologie de chacun des personnages, tous en quête d’une vie meilleure. Honnêtement ou malhonnêtement.

Parce que c’est là la grande surprise qui attend le lecteur. Sous le couvert d’un roman policier annoncé par une première de couverture qui pique la curiosité, cette fiction est d’abord et avant tout la démarche d’un homme qui, dès son jeune âge, a été en manque d’affection et qui s’est donné comme mission d’en répandre autour de lui. Le premier chapitre donne bien le ton. Et le dernier boucle la boucle : Babinski, personnage attachant, trouve finalement son bonheur et le sommeil avec celui qui deviendra son meilleur ami. Mais attention, on n’a pas affaire ici à une œuvre moralisatrice. Mais qui fait tout de même réfléchir. Écrit simplement, sans artifices, sans détours.

Enfin, on pourrait longtemps en discuter, mais les puristes ne qualifieraient pas ce récit du tueur humaniste de « polar » mais peut-être davantage de « roman noir ». Ce qui n’enlève rien à la qualité et à l’originalité de l’œuvre romanesque. Et au bonheur de la lire.

Merci aux Éditions Paul & Mike de m’avoir fait faire cette belle découverte et forcé à savourer un roman, pour la première fois, sur une tablette de lecture. Aussi disponible en format papier. Bons succès pour l’avenir !

Ce que j’ai aimé : L’effet-surprise, le ton humoristique, les dialogues « ciselés », l’écriture fluide et, évidemment, le personnage humaniste.  

Ce que j’ai moins aimé : -


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