mardi 22 août 2017

À qui la faute ? – Une enquête de Maud Graham (Chrystine Brouillet)

Chrystine Brouillet. – À qui la faute ? – Une enquête de Maud Graham  – Montréal : Druide, 2017. 381 pages.


Polar







Résumé : Ils se connaissent depuis longtemps. Leurs enfants font du sport ensemble. Toutefois, si la vie de famille les réunit, des liens pernicieux se sont tissés entre certains… qui les désuniront au fil d’événements tragiques ayant pour point de départ un incident à l’aréna. Mais est-ce bien ce moment qui a tout fait basculer ? Plusieurs dangers ne les menaçaient-ils pas déjà, larvés dans leurs existences en apparence tranquilles ? C’est ce que Maud Graham et ses enquêteurs de Québec devront fouiller pour comprendre comment le drame a pu frapper avec autant de force ces familles qu’on aurait dites sans histoire…

Des secrets dévoilés, des trahisons, des innocents qui s’accablent de reproches, alors que des coupables nient leur responsabilité… Une intrigue inattendue et poignante, dénouée par la rigueur et la sensibilité de Graham et de son équipe.

Commentaires : Le personnage fétiche de Chrystine Brouillet, Maud Graham, est de retour. Dans un récit qui se déroule, en partie, dans le milieu des arénas et de la compétition sportive, le monde des jeunes adolescents poussés à la performance extrême par leurs parents. Une thématique originale pour y camper une enquête policière sur une série de morts suspectes.

Petit conseil avant d’en commencer la lecture : sachez que l’auteure nous plonge dans un univers aux multiples personnages. Dès la première page, dressez progressivement un tableau pour y départager les différents protagonistes qui s’ajoutent de chapitre en chapitre : il vous sera plus facile de suivre l’action en vous y référant, sachant qui est le conjoint ou la conjointe de qui, qui est l’enfant de qui, qui est le frère ou la sœur de qui, qui couche avec qui, qui est l’ami de qui, qui fréquente qui…? J’ai regretté de ne pas l’avoir fait : j’en ai arraché jusqu’à un peu plus de la moitié du roman où le scénario prend vraiment son élan.

Il y a deux enquêtes dans ce polar : la principale concernant le milieu familial et sportif qu’il m’a été difficile de localiser physiquement dans la ville de Québec; la parallèle, celle qui semble secondaire, portant sur une série de viols commis dans le quartier Limoilou. Et vous devinez qu’il y a un lien entre les deux à un point tel que c’est la solution de la deuxième enquête qui met un point final à la première, de manière plutôt abrupte, à mon point de vue. Dans les dernières pages, comme c’est généralement le cas dans tout bon polar qui se respecte. Jusqu’à un certain point, j’en suis resté sur ma faim dans le dénouement tragique de cette affaire qui a très certainement eu un impact sur les relations entre les différentes familles sur lesquelles s’était longuement attardée l’auteure.

Dans un autre ordre d’idée, je ne peux passer sous silence une invraisemblance « géographique » évidente pour qui connaît certains quartiers de la ville de Québec : cette traque, par une froide soirée d’hiver, de Mylène, pour découvrir où demeure Tom, qui la conduit à pied de la 10e rue à Limoilou jusqu’aux habitations du Quai Saint-André dans le Vieux-Port. Un périple à pied d’environ trois kilomètres qui m’a semblé extrême pour une adolescente de son âge !

En conclusion, À qui la faute ? est un roman que j’ai trouvé somme toute intéressant, avec une Maude Graham toujours aussi perspicace et pour qui on ouvre même un restaurant généralement fermé un lundi soir afin de satisfaire ses découvertes culinaires !

Ce que j’ai aimé : Les points de repère (rues, bars, parcs) dans le quartier Limoilou, quartier de mon enfance. Le rythme accéléré dans les derniers chapitres. Les hypothèses contradictoires des enquêteurs jusqu’à la découverte de la solution.

Ce que j’ai moins aimé : J’aurais condensé davantage la première partie qui présente les liens qui unissent ou désunissent les différentes familles et fourni davantage de réponses demeurées en suspens, dans la finale, sur les conséquences de l’arrestation du meurtrier sur ces interrelations.

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vendredi 18 août 2017

Jusqu'à l'impensable (Michael Connelly)

Michaël Connelly. – Jusqu’à l’impensable. – Paris : Calmann-Lévy, 2017. 388 pages.


Polar







Résumé : Harry Bosch, retraité du LAPD malgré lui, tente de tuer le temps en remontant une vieille Harley lorsque Mickey Haller, son demi-frère avocat de la défense, lui demande de l’aide. Il ne voit en effet que Bosch pour l’aider à innocenter Da Quan Foster, un ex-membre de gang accusé d’avoir abattu à mort la directrice adjointe des services municipaux de West Hollywood. Même si la preuve est accablante, Haller en est sûr, son client est innocent. Dilemme pour Harry ! Passer du côté de la défense quand on a travaillé avec passion pour la police de Los Angeles toute sa vie ? Tout simplement impensable.

Commentaires : D’entrée de jeu : du bonbon ! J’ai lu tous les romans de Michael Connelly qui ont été publiés, en français, sur papier. Jusqu’à l’impensable est très certainement un de mes préférés. Il met en scène les deux demi-frères, l’un avocat et l’autre ex-policier, qui unissent leur perspicacité afin de résoudre une affaire, somme toute, assez complexe. Connelly maîtrise les tenants et aboutissants du système judiciaire américain, plus particulièrement de celui de l’état de la Californie, de l’univers des avocats et de leurs manigances pour remporter leurs causes et, évidemment, des enquêtes policières. Et ce roman n’échappe pas à cette caractéristique qui crédibilise chacune des enquêtes de Mickey Haller et de Harry Bosch.

Jusqu’à l’impensable est, ce qu’on appelle un polar captivant (en anglais, on dirait un « page turner », expression pour laquelle il n’existe pas d’équivalent en français). La cause est perdue à l’avance, Bosch ne veut pas franchir la ligne jaune et passer du côté de la défense, mais si l’accusé l’est injustement, il justifiera sa décision dans son désir de justice et d’identifier le véritable coupable.

Je l’ai mentionné précédemment, Harry Bosch est un policier à la démarche rigoureuse qui ne laisse de côté aucun élément qui puisse faire progresser son enquête. Pourtant ici, je me demande pourquoi, vers le milieu du récit, il n’a pas fait une vérification auprès du principal intéressé à propos d’un certain préservatif ? Une petite faiblesse pardonnable dans l’intrigue. Aussi, comment se fait-il que des communications soient si déficientes du côté de l’accusation qui ne semble pas au fait des derniers documents que lui a transmis la défense ? Mais bon, ces détails ne gâcheront nullement votre plaisir de tenter de dénouer cette affaire, les indices s’accumulant progressivement jusqu’à la conclusion finale. Un classique dans cette littérature de genre.

Un incontournable pour les amateurs de polars en souhaitant que Michael Connelly, en nomination pour le Prix international décerné par la Société du roman policier de Saint-Pacôme, en collaboration avec les libraires indépendants du Québec, en soit le récipiendaire.

Bien hâte de découvrir la nouvelle série qui mettra en vedette Renée Ballard, une jeune détective qui doit faire ses preuves au LAPD.

Ce que j’ai aimé : Tout, de la première à la dernière page.

Ce que j’ai moins aimé : -


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jeudi 17 août 2017

En ces bois profonds (François Lévesque)

François Lévesque. – En ces bois profonds. – Montréal : Tête [Première], 2017. 187 pages.


Thriller







Résumé : Une adolescente née dans d’étranges circonstances est entraînée par sa mère dans un hameau reculé au cœur de la forêt boréale. Rivière-aux-Hiboux : lieu honni qui fut le théâtre d’une secte dont la plupart des membres sont morts plusieurs années auparavant dans un suicide collectif. Après le décès de sa grand-mère, cette jeune femme devient l’une des deux dernières survivantes de cette secte, et l’héritière de la maison familiale où tout a commencé.

Une descente infernale dans les méandres de la folie. Ici, les croyances l’emportent sur la raison et les légendes autochtones s’entremêlent aux aspirations messianiques d’un certain Nicolas Jones, guérisseur patenté et gourou.

Commentaires : C’est le premier roman de François Lévesque que je lis. Critique de cinéma, cet auteur a à son actif quelques polars, romans noirs et d’épouvante. Ici, on est en présence d’un « thriller fantastique atmosphérique » ou d’un « thriller rural » comme le qualifient certains lecteurs.

Écrit à la première personne, ce suspense est fort bien ficelé. Le lecteur est amené à découvrir progressivement l’univers inquiétant et les affres de la vie quotidienne d’une jeune fille de 17 ans qu’elle enregistre dans un journal qu’elle tient à jour. Solitaire, tourmentée et introvertie, victime de « danses du diable », crises d’épilepsie passagères, à la recherche des circonstances non moins nébuleuses et du « pays » de sa conception.
Adolescente physiquement défavorisée, en conflit avec sa mère « ni vraiment danseuse, ni vraiment serveuse » dans un bar montréalais qui s’offre des extras en ramenant régulièrement des hommes à la maison.

Sur fond de légendes amérindiennes à propos d’un lac fictif, le lac Misiginebig habité dans un serpent mythique, mère et fille s’y retrouvent après la mort de la grand-mère qui, dans son testament, a planifié ce retour. Consanguinité, délires mystiques, secte messianique dirigée par un gourou tout droit sorti du Nouvel Âge... tous les méandres de la folie, au détour des sentiers sombres de la forêt qui mènent au rivage du lac maléfique.

En ces bois profonds est un court roman avec lequel il est impossible de faire de longues pauses de lecture : la fin d’un chapitre en appelle un autre. Impossible de décrocher d’un texte incrusté d’images fortes telles que la mise bas de cette couleuvre verte avec l’association des couleuvreaux naissants avec les caillots des menstruations de l’adolescente, pour ne mentionner que celle-là.  Un récit qui précipite le lecteur dans les méandres de la folie et qui vous fera frissonner dès les premières pages « Tapi sous la brume, tapi sous l’eau dormante…quelque chose… Quelque chose d’enfoui. » Le monstre du lac, le père, le serpent …et en finale, « ... l’horreur sans nom ».

Ce que j’ai aimé : La forme bien adaptée au récit : paragraphes composés le plus souvent d’une courte phrase, tout au plus de deux ou trois.

Ce que j’ai moins aimé : En fait, je me suis demandé pourquoi, dans sa narration, le personnage insiste pour définir certains termes soi-disant abscons qu’elle utilise. Il faudrait que l’auteur s’explique, considérant que la clientèle visée par ce roman est adulte.


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mercredi 16 août 2017

Red Light T.2 Frères d’infortune (Marie-Ève Bourassa)

Marie-Ève Bourassa. – Red Light T.2 Frères d’infortune. – Montréal : VLB éditeur, 2016. 374 pages.


Roman noir







Résumé : Près de deux ans après les événements d’Adieu, Mignone, Eugène Duchamp dépoussière à nouveau son costume de détective privé. Cette fois, il part à la recherche d’une adolescente de bonne famille, disparue alors qu’elle était venue faire la noce dans les quartiers chauds de Montréal. Des tripots du Red Light aux clubs noirs de la Petite-Bourgogne, Duchamp suit la piste d’un dangereux proxénète, accompagné bien malgré lui dans son enquête par la sœur de la disparue, une séduisante pimbêche. Pour ne rien arranger, un ancien collègue policier qu’il avait contribué à faire mettre derrière les barreaux vient d’être libéré.

Commentaires : Comme l’indique la quatrième de couverture, le « deuxième tome de la trilogie Red Light ouvre grand les portes du Montréal interlope des années folles, où les marchands de vices, divisés en deux clans puissants, se livrent une guerre de territoire sans merci. » Il s’inscrit dans la suite logique de la première enquête d’Eugène Duchamp qui, même si elle fait intervenir deux ou trois nouveaux personnages, nous replonge dans une époque noire de l’histoire de Montréal. En poussant un peu plus loin les descriptions des lieux de perdition encore plus sinistres.

Les commentaires publiés antérieurement concernant la première partie de cette trilogie s’appliquent : intrigue bien ficelée avec un dénouement inattendu, crédibilité de l’ensemble du récit, bon rendu de l’atmosphère glauque des bars, des cabarets et des bordels, des rivalités de gangs (italiens, chinois, juifs), des complots crapuleux entre malfrats…

Hâte de lire le dernier volet qui s’intitulera Le sentier des bêtes.

Ce que j’ai aimé : Tout.

Ce que j’ai moins aimé : -


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mardi 15 août 2017

Bandini (John Fante)

John Fante. – Bandini. – Paris : Christian Bourgeois éditeur, 1985. 267 pages.


Roman







Résumé : Arturo Bandini est un gamin criblé de taches de son et couronné d’une tignasse en colère. Un râleur, désolé d’être le fils d’une mère passivement amoureuse et bigote et d’un père maçon, violent, incertain et cavaleur. Amoureux d’une étoile filante et indifférente, sa petite camarade de classe à la santé fragile, haï par ses maîtres et pairs, Arturo passe son temps à détruire d’une main ce qu’il a construit de l’autre. Bon et méchant, généreux et voleur, il est à la fois la glace et le feu, la tendresse et la rancœur.

Commentaires : Je ne connaissais pas John Fante (1909-1983), ce fils d’immigrant italien romancier, essayiste et scénariste américain. C’est un ami Facebook de Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, qui anime un blogue littéraire (Francksbooks), qui m’a fait découvrir son premier roman paru en 1938, en m’en recommandant la lecture. Et quelle découverte !

Récit « autobiographique romancé » d’un jeune italo-américain qui aspire à devenir un vrai américain, né au mauvais endroit, dans un Colorado aux hivers rigoureux, dans la mauvaise famille, et dont le triste sort semble scellé dans une existence miséreuse. Comment rester insensible aux descriptions du quotidien de ce jeune garçon ambivalent qui, pour donner un sens à sa vie, ment à son entourage et se ment à lui-même.

Sans Bandini, John Fante a eu le grand le talent de décrire, avec un réalisme cru, un ensemble de personnages, certains plus attachants les uns que les autres, qui évoluent dans le misérabilisme quotidien d’une certaine couche de la société américaine issue de l’immigration qui ne semble avoir d’autre issue que sa pérennisation.

Et comme le qualifiait sur son blogue, Frank Chanloup, le 13 juillet 2017, ce roman a été « écrit avec le cœur et les tripes, tourbillon mené d’une main de maître par un auteur qui n’a jamais peur de l’émotion où l’énergie du désespoir et la rage de vivre sont présentes à chaque page, où les relations familiales sont disséquées avec une acuité exceptionnelle. »

En souhaitant que ces commentaires vous convainquent, vous aussi, de découvrir l’univers de John Fante.

Ce que j’ai aimé : La forme et l’ambiance générale du récit. Le style et la qualité de l’écriture de Fante. L’émotion qui se dégage des situations et des dialogues.

Ce que j’ai moins aimé : -


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lundi 14 août 2017

La nature de la bête – Armand Gamache enquête (Louise Penny)

Louise Penny. – La nature de la bête – Armand Gamache enquête. – Montréal : Flammarion Québec, 2016. 480 pages.


Polar






Résumé : Chaque jour, Laurent Lepage invente une catastrophe : des arbres qui marchent, un débarquement d’extraterrestres… Plus personne ne croit le garçon de neuf ans. Pas même Armand Gamache, qui a pris sa retraite à Three Pines. Cependant, quand l’enfant disparaît, il faut bien envisager que l’une de ses histoires est vraie. Une traque effrénée et digne des plus grands romans d’espionnage se met en branle lorsque Gamache et ses anciens lieutenants de la SQ, Jean-Guy Beauvoir et Isabelle Lacoste, déterrent l’authentique canon géant de Gerald Bull, ingénieur en armement assassiné à Bruxelles il y a vingt-cinq ans. Un monstre est autrefois venu à Three Pines, il y a semé le malheur et ce dernier est de retour. En refusant de prêter foi à un enfant, l’ex-inspecteur-chef n’a-t-il pas joué un rôle funeste dans ce qui est arrivé ?

Commentaires : Chaque fois que je termine la lecture d’une enquête d’Armand Gamache, je me dis que je ne récidiverai pas. Et je me fais prendre à chaque fois par le plus récent roman de Louise Penny.Toujours le même village imaginaire caché dans une vallée au cœur des Cantons de l’Est où on y aboutit par hasard et où se commet un nombre déraisonnable de meurtres. Mais un bled (si en croit Wikipédia, le village de Sutton où réside l’auteure en inspirerait le décor) qui est bien alimenté en produits de luxe et, apprend-on cette fois-ci, en crème glacée Coaticook que les fournisseurs réussissent à livrer alors que personne d’autre ne peut le repérer sur les cartes géographiques, y compris sur Google Maps.

Toujours les mêmes personnages : Gabri et Olivier, les proprios gais du gîte et du bistro, Myrna, l’ex-psychologue et libraire, Ruth, la poétesse un peu cinglée qui partage sa vie avec une oie, Clara, la peintre, évidemment Armand Gamache, sa femme Reine-Marie et son chien Henri, les policiers de la SQ Jean-Guy Beauvoir et Isabelle Lacoste, et quelques autres. Et chaque fois, la question se pose : lequel (ou laquelle) des habitants de ce village « diabolique » sera le prochain meurtrier.

Dans cette 11e enquête traduite en français, qualifiée, en quatrième couverture, d’ « enquête d’envergure mondiale » (l’expression est un peu exagérée, à mon avis), Louise Penny fait un lien intéressant avec l’affaire du canon géant de Gerald Bull. Le récit est assez bien ficelé bien qu’il traîne parfois en longueur pour s’étendre sur près de 480 pages. On y retrouve les éléments de la recette de l’auteur : mêmes invectives entre certains personnages, repas gastronomiques généralement à base de pommes chez les uns et les autres, liens internet et cellulaires quasi inexistants, le bistro comme centre de diffusion d’information et de potins et un dénouement heureux sans que le lecteur ait été confronté à un suspense haletant.

Personnellement, j’ai eu de la difficulté avec la crédibilité du récit. Seulement deux agents du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) sont dépêchés sur les lieux à la suite de la découverte de ce qui, normalement, aurait dû attirer un imposant contingent de militaires, de policiers de la SQ et d’agents de la GRC. Un petit groupe d’une demi-douzaine d’individus est à la recherche de la vérité, certains laissant croire que leurs intentions ne rejoignent pas nécessairement d’Armand Gamache et ses collègues de la SQ. Mais bon, il fallait limiter le nombre de personnages, surtout que Three Pines semble à peine plus grand qu’un mouchoir de poche.

À remarque que, cette fois-ci, ce roman ne contient pas de mentions ou jugements sur les us et coutumes québécois qui, dans des ouvrages antérieurs, démontraient parfois une connaissance douteuse de notre société. Commentaires décapants qui ont été souvent soulevés par de nombreux lecteurs.

Les romans de Louise Penny sont publiés en 25 langues. Ils constituent un divertissement littéraire auquel il est difficile de renoncer. Un outrage mortel, la 12e enquête d’Armand Gamache, vient de s’ajouter dans ma pile de lecture. L’ouvrage, « No 1 au palmarès du New York Times » est qualifié de « Dérangeant… Puissant… Intelligent… »

Ce que j’ai aimé : L’intégration de l’affaire Gerald Bull et les informations historiques qui y sont divulguées et qui semblent s’appuyer sur de sérieuses recherches de la part de l’auteur.

Ce que j’ai moins aimé : Une certaine redondance avec des situations décrites dans les romans antérieurs qui se justifie probablement pour mieux intégrer les nouveaux lecteurs.


Cote : ¶¶¶

Red Light T.1 Adieu, Mignonne (Marie-Ève Bourassa)

Marie-Ève Bourassa. – Red Light T.1 Adieu, Mignonne. – Montréal : VLB éditeur, 2016. 305 pages.


Roman noir







Résumé : Montréal, début des années 1920. Depuis son retour des tranchées, Eugène Duchamp, opiomane taciturne et infirme de guerre, vit reclus avec sa femme Pei-Shan dans un appartement miteux du quartier chinois. Quand une jeune prostituée frappe à sa porte pour le supplier de retrouver le bébé qui lui a été enlevé, l’ancien policier accepte de l’aider malgré ses réticences. Duchamp a beau répéter qu’il n’est pas détective privé, il sait qu’il est le seul à pouvoir élucider cette affaire dont les autorités se désintéressent. Son enquête prendra des dimensions insoupçonnées et le mènera des quais mal famés du port aux demeures patriciennes sur les hauteurs du mont Royal.

Commentaires : Comme l’indique la quatrième de couverture, ce roman noir « est le premier tome d’une trilogie qui nous transporte dans le quartier du Red Light de Montréal, où une faune bigarrée venait oublier ses malheurs dans les effluves de l’alcool de contrebande et la musique des cabarets ».  Et croyez-moi, dès les premières plages, le lecteur est plongé dans l’atmosphère glauque de ce quartier mal famé de la Métropole d’après la Première Guerre mondiale.

Tout est crédible dans cette fiction : les personnages crapuleux, les descriptions des lieux de débauche, les mentalités des différents groupes sociaux, la violence sous toutes ses formes même encouragée par les forces policières. L’auteure a aussi choisi d’écrire les dialogues dans une langue populaire et crue, avec parfois une certaine inconstance.

Dans un récit original et bien ficelé, direct et sans longueur, Marie-Ève Bourassa nous entraîne dans les péripéties d’une enquête qui progresse à un rythme qui suscite la curiosité et l’intérêt du lecteur. Passant des milieux les plus pauvres de la cité son lot de maisons closes, de prostituées, de piqueries, de cabarets plus ou moins louches sous la gouverne de mafieux acoquinés avec des policiers crapuleux, des orphelinats, des hôpitaux, des biens pensants de la haute bourgeoisie anglophone qui, lorsqu’on gratte un peu le vernis de la probité cache des objectifs pas toujours reluisants.

Un récit qui repose sur de nombreuses recherches permettant d’atteindre un réalisme tel que le lecteur est abruptement plongé dans l’ambiance glauque du Montréal des années 20. Hâte de lire la suite intitulée Frères d’infortune.

Ce que j’ai aimé : Tout : les personnages, l’intrigue, les descriptions des lieux.

Ce que j’ai moins aimé : -

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Le quatrième mur (Sorj Chalandon / Éric Corbeyran / Horne Perreard)

Sorj Chalandon / Éric Corbeyran / Horne Perreard. – Le quatrième mur. – Paris : Hachette (Marabout), 2016. 136 pages.

Bande dessinée







Résumé : L’idée de Samuel était belle et folle : monter l’Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre. En prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé.

Samuel était Grec. Juif aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour il m’a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l’a fait promettre. À moi, le petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982. Main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m’offre brutalement la sienne… S. C.

Commentaires : Cette bande dessinée est inspirée de l’ouvrage de Sorj Chalandon lui aussi intitulé Le quatrième mur, paru aux éditions Grasset en 2013. Roman que je n’ai pas lu : je ne peux donc faire la comparaison entre les deux publications.

Ne vous attendez pas à une BD d’aventures rocambolesques. Le quatrième mur est avant tout une occasion d’échanges de points de vue entre les protagonistes. En suivant le parcours d’un jeune initié au projet de présentation de la pièce d’Anouilh, Georges, qui prend connaissance de la complexité du contexte politique, historique et religieux du Liban et de la Palestine. Confronté aux difficultés et aux obstacles de réaliser le rêve de son ami Samuel. Une démarche littéraire et artistique très documentée qui rend bien l’atmosphère de guerre continuelle et qui amène le lecteur à remettre en question certains préjugés sur des conflits quasi insolubles qui alimentent les médias.

D’un point de vue graphique, le choix du noir et blanc et des tons de gris s’imposait. Le cadrage de chaque image met l’accent sur l’essentiel. Les nombreux gros plans rapprochent le lecteur des personnages. Avec un découpage quasi cinématographique. Émotions garanties.

Ce que j’ai aimé : Le sujet. La qualité graphique qui permet de bien traduire les émotions et la désolation des paysages détruits par la guerre.

Ce que j’ai moins aimé : -


Cote : ¶¶¶

mardi 8 août 2017

Hors saison (Max Férandon)

Max Férandon. – Hors saison. – Québec : Alto, 2017. 164 pages.


Polar hors-normes








Résumé : Au Bonheur de Noël, on déniche tout l’arsenal festif nécessaire pour transformer votre demeure en havre à lutins… Décorations en tous genres, accessoires parfumés, gadgets scintillants… et un cadavre, ce qui refroidit passablement l’ambiance, surtout en octobre.

Qui a bien pu en vouloir à ce point à Jacques Jodoin, préposé à l’entretien aussi discret que taciturne ? Interrogés par l’inspectrice de la police de Québec Marina Duhaime, les membres du personnel ne semblent nullement correspondre au portrait qu’on se fait d’un exécuteur de concierge.

Entre en scène Antoine Paradis, célèbre cuisinier recyclé dans la création de repas d’avion, qui a connu Jodoin au cours d’une autre vie. Le nez au-dessus de l’affaire qui mijote, une concoction louche et plus épaisse qu’il n’y paraît, il sent que l’enquête est relevée par un zeste de vengeance, un soupçon de romance et des restes célèbres qu’on attendait plus.

Commentaires : Voilà un petit bijou avec au menu humour et poésie. À preuve, la première phrase du premier chapitre qui donne le ton : « Les traversiers cousaient le Saint-Laurent dans sa largeur et le vieux pont de Québec rêvait d’enjamber l’Amazone ».

Enfin un polar qui se démarque tant par la forme, le style et le récit original. Bien campé dans le Vieux-Québec, place de l’hôtel de ville où se font face la Mairie et la Basilique entre lesquels se déroule un drame qui risque de marquer le cours de l’histoire de la cité fondée par Samuel de Champlain. Une bouffée d’oxygène dans la littérature policière québécoise. L’humour corrosif d’un auteur originaire d’un petit village de la Creuse, établi à Québec depuis 1988, qui a le don de décrire la réalité québécoise à en faire rougir ceux qui se disent de souche. Certains passages m’ont fait rire aux larmes.

Un récit bien ficelé avec un suspense, quoiqu’en ait dit la critique, qui nous tient jusqu’à la fin : cadavres (car il y en a deux) et magot, qui a fait quoi ? Les lutins, les sœurs jumelles, la frange barcelonaise, le proprio sénile de La Romancerie, la décoratrice et son carnet des traversées entre Lévis et Québec… ? Et que dire de cette inspectrice à la personnalité atypique !

Définitivement, avec Hors saison, on ne s’ennuie pas. Cette fiction donne le goût de compléter cette découverte par les autres romans publiés par ce sympathique écrivain : Monsieur Ho (2008), La roue et autres descentes (2010) et un Lundi sans bruit (2014).

Je n’en dis pas plus et je vous invite à vous mettre sous la dent le menu alléchant (intitulés des chapitres) proposé par Max Férandon composé d’Endives braisées au canotier de l’île, de Ratatouille boréale, de Farfalle farniente, de Brunoise de citrons confis… Avec en finale : « Un voile d’écume habillait la lune et le vieux pont de Québec laissait tomber dans le Saint-Laurent des larmes de rouille. »

Plaisirs garantis.

Ce que j’ai aimé : Tout.

Ce que j’ai moins aimé : -


Cote : ¶¶¶¶¶

Sourde rancoeur (André Bruneau)

André Bruneau. – Sourde rancœur. – Lanoraie : Les éditions de l’Apothéose, 2016. 403 pages.

Polar








Résumé : François Ricard assiste à un vernissage dans une galerie d’art du centre-ville de Montréal. Il y fait la connaissance de Claudia Monti qui, à la fin de la soirée, l’invite chez elle pour prendre un dernier verre. L’arrivée inopinée de Sébastien bouleversera la suite des événements.

Le lendemain matin, les médias annoncent la mort tragique de la jeune femme. Quelques heures plus tard, on découvre le corps de Sébastien dans la ruelle derrière chez elle. François Ricard a déjà quitté Montréal.

Julien Poirier est chargé de cette enquête qui s’avère un véritable casse-tête. Les circonstances donnent à penser que Claudia et Sébastien ont été tués par la même arme. Il est par contre difficile de croire que le même mobile ait pu s’appliquer à l’un et à l’autre. Claudia menait une vie rangée, alors que Sébastien était devenu une proie pour les dirigeants du crime organisé.

Aux autorités qui exigent de l’enquêteur des résultats immédiats, s’ajoutent les reproches d’Hélène, son épouse, une femme amère, dépressive et manipulatrice. Travailleur acharné, aux méthodes peu orthodoxes, Poirier subit de plus en plus difficilement cette pression, au point que sa santé s’en trouve affectée.

Commentaires : Sourde rancœur est le deuxième roman publié par André Bruneau, un auteur résidant dans la ville Québec. Plus achevé que le précédent, Dommages collatéraux qu’il avait publié, à compte d’auteur, en 2012. Dans ce deuxième opus, on a affaire un polar des plus classiques : des assassinats difficiles à résoudre de prime abord, une enquête qui traîne (un peu trop) en longueur, un détective-enquêteur aux prises avec ses problèmes personnels (conjugaux, psychologiques et physiques). Avec une finale qui prend presque l’allure d’une romance à l’eau de rose, un « coït interrompu » par un drame qui semble annoncer une suite.

En soi, le récit est assez bien ficelé, quoique plusieurs longueurs ont tendance à étirer la sauce et certaines invraisemblances influent sur le suspense attendu dans cette littérature de genre. Par exemple, il est peu crédible qu’un policier de la Sûreté du Québec se fasse voler, sur le stationnement d’un motel, son véhicule après avoir été assommé par un prof d’université qui n’a rien des caractéristiques d’un truand. Sans compter ces rappels constants des problèmes conjugaux de l’enquêteur Poirier qui deviennent irritants, de chapitre en chapitre. À mon humble avis, le tout aurait eu avantage à être un peu plus condensé : j’avoue qu’après 200 pages, j'attendais avec impatience dénouement de cette histoire qui oscille entre l’enquête policière et les états d’âme du personnage principal qui pourrait se résumer par cette phrase en page 8 : « Cela ne l’empêchait pas d’être miné de l’intérieur, de ressentir une angoisse permanente et de se questionner sur les raisons d’être de sa vie. ». D’où le titre Sourde rancœur.

Il faut toutefois mettre en évidence la qualité d’écriture de l’auteur qui s’est documenté sur les méthodes d’investigation policière. Les dialogues entre les personnages sont omniprésents; ils contribuent à dynamiser le texte découpé en 60 courts chapitres.
  
Ce que j’ai aimé : L’intégration du récit dans la trame urbaine de Montréal. L’illustration de la couverture qui attire l’œil, bien qu’elle ne représente pas une rue montréalaise (N Limestone).

Ce que j’ai moins aimé : La quasi-absence de suspense et l’approche classique de l’auteur.


Cote : ¶¶

lundi 24 juillet 2017

La traversée du Colbert (André Duchesne)

André Duchesne. – La traversée du Colbert – De Gaulle au Québec en juillet 1967. – Montréal : Boréal, 2017. 318 pages.


« quasi Thriller historique »






Résumé : Le 24 juillet 1967, Charles de Gaulle, président de la France en voyage officiel, invité des gouvernements de Québec et d’Ottawa, a marqué à jamais l’histoire en prononçant, au balcon de l’hôtel de ville de Montréal, quatre mots – « Vive le Québec libre ! » - dont l’écho a traversé le temps.

À l’occasion du cinquantième anniversaire de cet événement singulier, avec l’avantage du recul, à la lumière d’entrevues avec les témoins de l’époque et d’informations puisées dans des fonds d’archives tant au Canada qu’en Europe, André Duchesne nous raconte le voyage du Colbert, le croiseur à bord duquel Charles de Gaulle a remonté le Saint-Laurent pour débarquer à Québec plutôt qu’à Ottawa, comme l’aurait voulu le protocole. Il reconstitue pour nous le fil des événements, depuis le ballet diplomatique entourant les préparatifs du voyage, où le Québec cherche à jouer sur la scène internationale un rôle tout nouveau pour lui, jusqu’aux réactions, à Montréal, à Québec, à Ottawa, à Paris et dans le monde entier, qu’a provoquées cet appel fatidique.

Il examine en même temps quelques questions qui n’ont jamais été résolues sur cet événement pourtant si fameux : qui a eu l’idée de faire venir de Gaulle par bateau plutôt que par avion ? L’allocution au balcon était-elle inscrite au programme de la journée ou a-t-elle été le fruit d’une inspiration subite ? Que savait le président de la situation au Québec ?

Grâce à une recherche originale et minutieuse, grâce à ses talents de raconteur, André Duchesne nous donne l’occasion de revivre ces heures qui, comme tous les moments-clés de l’histoire, ne cessent de nous fasciner et de nous révéler leurs secrets.

Commentaires : Voilà une enquête historique qui devait être faite afin de nous décrire dans le détail et de présenter l’envers du décor de cette visite mémorable qui a marqué l’histoire contemporaine du Québec. À l’époque du « Maître chez nous » du Parti libéral du Québec de Jean Lesage et d’ « Égalité ou indépendance » de l’Union nationale de Daniel Johnson.

Pour la première fois, les documents d’archives nous révèlent des informations encore jamais publiées. Idem pour les entretiens et la consultation de la correspondance d’un grand nombre de témoins de l’époque, tant québécois, canadiens que français. Toutes les sources écrites et visuelles utilisées par André Duchesne permettent de décrire, sans parti pris, les événements, les réactions politiques à froid et à posteriori ainsi que celles des médias avant, pendant et après le séjour au Québec du célèbre général. L’ouvrage se divise d’ailleurs en trois parties : la grande bataille diplomatique, en territoire canadien et gérer crise. Quelques trop rares photos accompagnent un texte qui se lit presque comme un « thriller » avec ses rebondissements. Quant aux extraits de discours, de communiqués, de lettres, d’articles de journaux, ils nous plongent dans l’ambiance du moment. Pendant que se tenait, à Montréal, l’exposition universelle et que le Canada célébrait le centenaire du Dominion.

La traversée du Colbert est un ouvrage rigoureux incontournable à se procurer et à lire absolument afin de se faire une meilleure idée du déroulement de ces journées historiques du 24 au 26 juillet 1967 parfois décrites en termes réducteurs d’incident ou d’accident diplomatique.

Je dois avouer que André Duchesne a ravivé d’heureux souvenirs, comme celui d’avoir vu, à l’angle de la Canardière et de la 10e rue où je demeurais, à quelques mètres seulement, le général et le premier ministre Johnson dans leur décapotable en route vers la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré. Peut-être m’avait-il salué. Et évidemment celui de la diffusion en direct par la Société Radio-Canada du célèbre cri lancé depuis le balcon devenu célèbre : « Vive le Québec libre ! ». 

Après avoir lu La traversée du Colbert, le lecteur comprend mieux les enjeux politiques du moment ainsi que les motivations progressistes du gouvernement du Québec (qui se tenait debout face à celui d’Ottawa) et du Président de la République française dans cette aventure en Amérique française.

Ce que j’ai aimé : Les informations nouvelles sur cet événement, dont entre autres certaines conversations « intimes » et les commentaires de politiciens qui, quelques années plus tard, allaient jouer un rôle important dans l’évolution politique du Québec : René Lévesque, Robert Bourassa, Pierre Bourgault…

Et ce commentaire du général, se refusant de féliciter le Canada pour le centenaire de la « Confédération », en référence à l’abandon par la France, en 1763, de la Nouvelle-France : « Nous n’avons à féliciter ni les Canadiens ni nous-mêmes de la création d’un « État » fondé sur notre défaite d’autrefois et sur l’intégration d’une partie du peuple français dans un ensemble britannique. Au demeurant, cet ensemble est devenu précaire. »

Ce que je n’ai pas aimé : -


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mercredi 19 juillet 2017

Aux larmes de sang (Laurent Palombo)

Laurent Palombo. – Aux larmes de sang. – Paris : Éditions du Panthéon, 2016. 265 pages.


Roman d’aventures fantastique







Résumé : Entre le royaume de Wacks et les Reines de sang, la guerre couve. Gaetian, chevalier à la puissance surnaturelle au service du sanguinaire roi Yanové, est pris au piège dans une embuscade de villageois révoltés. Alors qu’il s’apprête à exterminer les rebelles, il croise avec stupeur les yeux de félin d’un enfant et baisse sa garde. Car ce regard unique et animal, ce n’est que dans son propre reflet qu’il existe.

Face à l’évidence, il doit choisir : sauvera-t-il son honneur de soldat d’élite ou avancera-t-il sur le chemin de sa propre destinée ?

Commentaires : D’entrée de jeu, je dois l’avouer. Je n’ai jamais eu la curiosité ni l’intérêt d’aborder la littérature de genre fantastique (fantasy). Mais il y a de ces hasards fortuits qui permettent de faire d’heureuses découvertes. Comme celui de rencontrer un auteur pendant ses vacances au Québec avec sa petite famille et d’échanger nos premières œuvres littéraires. Quand on fait la connaissance d’un collègue littéraire fort sympathique qui, dans sa dédicace, vous souhaite de prendre « autant de plaisir à lire les aventures de Gaetian [qu’il a] eu à les écrire », il est difficile de ne pas tomber facilement sous le charme de son imaginaire foisonnant.

Et cela vaut tant dans l’introduction de personnages plus grands que nature que dans la description des lieux – villages pittoresques, château de verre, grottes mystérieuses, vaisseau/montgolfière amiral aérien…  –  tout aussi envoûtants les uns que les autres.

Dès les premiers chapitres, le lecteur est plongé dans un univers fantastique – chevalier surhumain aux yeux de félins, sorcières démoniaques, vieux sages, pierre magique aux pouvoirs mystérieux, panthère protectrice, royaume rival exclusivement dirigé et défendu par des femmes… – révélant tout de même une dimension humaine indéniable. Car ce héros hors du commun, quasi immortel, craint de la part de tous les villageois, enrôlé dès son jeune âge au service d’un despote sanguinaire, s’engage dans un parcours initiatique, transformé progressivement après la rencontre imprévue d’un enfant dont les caractéristiques physiques lui révèlent des liens de sang.

Ce récit, écrit dans un style à la fois épuré et suggestif convient autant aux adultes qu’aux jeunes adolescents, est rythmé par la description de nombreux combats sanglants – affrontant à première vue indestructibles, armes toutes aussi redoutables les unes que les autres – autant d’épreuves que le soldat d’élite doit  surmonter pour se rapprocher du but ultime de son parcours. À ce titre, il faut souligner que Laurent Palombo excelle dans les descriptions de ces joutes titanesques.

Aux larmes de sang a vraiment suscité mon intérêt jusqu’à la toute fin, jusqu’à comprendre la signification explicite du titre de cette fiction qui, dit-on, a été couchée sur papier à partir d’une histoire que l’auteur racontait au quotidien à son propre fils. Une transposition de l’instinct protecteur d’un père – soldat d’élite –, l’auteur étant lui-même adjudant à la Brigade territoriale autonome de Saint-Tropez) envers son propre garçon ? Ce raccourci est peut-être un peu trop facile.

Si vous aimez l’action, une histoire bien ficelée, des personnages mythiques et hauts en couleur, vous retirerez une grande satisfaction à découvrir ce nouvel auteur.  

Ce que j’ai aimé : Les descriptions des combats, l’univers fantastique quasi réaliste et l’évolution des sentiments humains du personnage principal. Les noms attribués aux différents personnages. L’imaginaire foisonnant de l’auteur.

Ce que je n’ai pas aimé : La finale un peu brusque, mais qui annonce sans équivoque une suite qui devrait permettre de boucler la boucle et, peut-être, de porter le chevalier dans les plus hautes sphères du royaume de Wacks.


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vendredi 14 juillet 2017

La peur des bêtes (Enrique Serna)

Enrique Serna. – La peur des bêtes. – Paris : Phébus, 2006. 308 pages.


Polar noir







Résumé : Evaristo Reyes, flic à la police judiciaire mexicaine, s’est fourré dans un sale guêpier. Chargé de rendre une « petite visite » à un journaliste, il est le dernier à l’avoir vu vivant et, par conséquent, le premier sur le banc des suspects. Obstiné, Evaristo mène l’enquête en solo. Sage décision : entre magouilles politiques et corruption, mieux vaut ne faire confiance à personne…

Commentaires : J’avais hâte de lire ce roman noir d’un auteur qualifié par Gabriel García Márquez comme l’un des meilleurs écrivains mexicains et que j’ai brièvement rencontré au Salon du livre de Montréal en novembre 2016. Et je n’ai pas été déçu. Le personnage créé par Enrique Serna évolue dans un contexte où violence et corruption alimentent le quotidien des forces de l’ordre et des autorités politiques dans le milieu littéraire mexicain où un retour d’ascenseur est attendu à la suite de tout service rendu : « je fais une bonne critique de ton recueil de poèmes et tu me donnes un coup de pouce pour le prochain prix littéraire ».

« En littérature et surtout en poésie, tu n’es rien si tes collègues t’ignorent. Tu as besoin du soutien de l’establishment, sinon tu es considéré comme un poète quelconque, même si tu es un génie » (p.165)

Constat : même les figures publiques du journalisme ou de la littérature populaire qui semblent, à première vue, lutter contre les injustices sont, en privé, les pires coupe-gorges.

« Parce que tu ne sais pas comment fonctionne la critique […]. Ce qu’on déclare en public ne compte pas. Pures formules de politesse. C’est dans les conversations de café ou les réunions entre amis qu’on dit vraiment ce qu’on pense de quelqu’un, à condition qu’il ne soit pas là. » (p. 87)

Évidemment, c’est presque devenu une constante dans le roman policier, le personnage principal a une propension marquée pour l’alcool, le sexe et la drogue. En soi, sa personnalité « polardienne » est peu originale. Il se démarque cependant par son intérêt pour la littérature, pour l’écriture romanesque, au point d’être qualifié par ses collègues d’intello. Un policier dont la culture littéraire est définitivement non compatible avec milieu pourri dans lequel il lutte pour sa survie, mais qui lui permettra de résoudre le crime dont il est injustement soupçonné. Et de découvrir, après avoir transposé sa recherche de la vérité dans une fiction, l’identité du meurtrier révélée en toute fin.

J’ai beaucoup apprécié La peur des bêtes parce que ce roman soulève, évidemment dans le milieu littéraire mexicain, la problématique des nouveaux auteurs qui se butent à percer dans un univers contrôlé par une clique de célébrités prêtes à tout pour conserver leur statut d’écrivains adulés. Dans un environnement politique qui lui aussi aspire à une stabilité permettant aux différents protagonistes de profiter des avantages du pouvoir et du contrôle des masses populaires à garder dans l’ignorance.

« Tu vois ces millions de livres entassés ? Eh bien, personne ne les lira jamais, parce que ce gouvernement qui diffuse la culture à grands renforts de trompette est le même qui a besoin d’un peuple ignorant pour perpétuer son pouvoir. » (p. 278)

Ce que j’ai aimé : La thématique et, entre autres, la réflexion de l’auteur sur le pouvoir des écrivains : « …les mots sont notre seule arme, une arme que nous utilisons pour donner une voix à ceux qui n’ont visage ni terre, aux oubliés s’aujourd’hui et de toujours » (p. 199)

Ce que je n’ai pas aimé : -


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vendredi 7 juillet 2017

J'haïs les vieux (François Barcelo)

François Barcelo. – J’haïs les vieux. – Montréal : Coups de tête, 2013. 110 pages.

Roman noir








Résumé : Armand Lafleur est un vieux chanteur de charme qui vit dans la solitude et l’oubli. Un beau soir, alors qu’il regarde une série policière, deux jeunes trentenaires frappent à sa porte pour l’inviter à remettre un prix dans un grand gala, le soir même. Une limousine l’attend en bas, et un tuxedo dans une loge là-bas.

Armand Lafleur accepte, pour se rendre compte que non seulement il a servi de bouche-trou, mais qu’il devra remettre un prix à sa pire ennemie, une vieille folle qui habite le même immeuble que lui et qui vient de faire paraître un dernier disque de ses grands succès.
Écœuré, Armand modifie le résultat et accorde le prix à une jeune artiste qui le rejoindra après la cérémonie, pour le remercier comme il se doit.

Personne n’entendra la vieille chanteuse se glisser dans la chambre d’Armand…

Commentaires : Je tenais à lire ce quatrième opus dans la série « J’haïs » (comme on dit au Québec) après « … le hockey, … les bébés  et … les Anglais ». J’y ai retrouvé une situation toute aussi absurde farcie de critiques politiques, sociales, économiques et culturelles. Ce pauvre vieux de plus de 80 ans a toutes les raison d’haïr les vieux et les vieilles qu’il côtoie et, si on était dans la vraie vie, d’haïr son auteur qui l’a plongé dans une histoire de meurtres et de suicide dont il finit par se rendre responsable jusqu’à vouloir lui-même disparaître de la carte.

Le mauvais sort s’acharne définitivement contre lui et, au fur et à mesure que s’accumulent les problèmes, toutes hypothèses, tentatives d'explications, solutions potentielles, rien ne se déroule comme anticipé. Un classique dans le style de François Barcelo qualifié de « docteur Jekyll et M, Hyde de la littéraire québécoise », dans ce petit roman noir où le futur d’Armand Lafleur ne tient qu’à un fil de téléphone, à ceux d’un ascenseur et à une boîte de tomates en conserve. Mais, il y a toujours des vieux qui viennent tout gâcher.

Avec une intrigue bien ficelée et un pur style d’humour noir, J’haïs les vieux se lit d’un trait et vous fera rigoler à coup sûr.

Ce que j’ai aimé : L’humour grinçant de l’auteur.

Ce que je n’ai pas aimé : Quelques redites.


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Mort d'un Chinois à La Havane (Leonardo Padura)

Leonardo Padura. – Mort d’un Chinois à La Havane. – Paris : Métailié, 2001. 97 pages.

Polar








Résumé : Le quartier chinois de La Havane ne manque ni de saveur ni d’exotisme : un corps y est retrouvé pendu, amputé d’un doigt, deux flèches incisées sur la poitrine,,, Le lieutenant Mario Conde, revolver à la ceinture et bouteille de rhum à la main, s’immisce parmi les immigrés asiatiques, répond à leur sourires énigmatiques et cherche le mobile du crime : argent, rituel religieux, drogue ?

Commentaires : Il y a peu à dire sur ce polar cubain de moins de 100 pages, sinon qu’il est, comme plusieurs autres romans du genre, une occasion de dénoncer discrètement la corruption politique tout en décrivant, et c’est là le volet intéressant ethnologique de cette fiction, le triste sort des immigrants chinois, des paysans qui se sont installés sur cette île des caraïbes dans l’espoir de faire fortune. La Havane héberge une communauté chinoise qui vit dans une extrême pauvreté. Leonardo Padura en profite pour intégrer dans le récit des références au vaudou, aux rites africains et à la mythologie chinoise. Pour ce qui est de l’intrigue et du suspense, ils sont quasi absents de cette enquête du personnage fétiche du romancier.

Ce que j’ai aimé : L’ambiance générale qui s’appuie sur des descriptions évocatrices des lieux et des personnages.

Ce que je n’ai pas aimé : L’absence de suspense entretenu dans le déroulement de l’action.

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