mardi 23 mai 2017

Où le soleil s'éteint (Jacques Côté)

Jacques Côté. – Où le soleil s’éteint - Une enquête de Daniel Duval. – Lévis : Éditions Alire, 2017. – 366 p.

Polar








Résumé : Juillet 1983... Sur l'autoroute 20, Benoit Ayotte et Sylvain Mailloux, deux voyous en provenance de Montréal, font du pouce vers l'est. Ayotte veut se terrer au chalet de l'oncle de Mailloux, à Rivière-à-Pierre, car, en mission pour son clan, il a abattu par erreur un innocent père de famille plutôt qu'un membre d'un gang rival. Mais dès leur arrivée dans la région de Québec, la mort s'invite dans le périple des deux malfrats. Quand le corps d'un homme sans papiers - et sans tête ! - est découvert sur la voie ferrée du tracel de Cap-Rouge, l'équipe du lieutenant Duval est chargée de l'enquête qui déterminera s'il s'agit d'un meurtre ou d'un suicide. Ajoutée à la découverte d'indices incriminants dans un bosquet sur le promontoire qui jouxte la vertigineuse structure métallique, la disparition dans le même secteur de deux jeunes filles fait cependant craindre le pire au lieutenant, dont l'humeur est déjà assombrie par l'effritement de sa relation avec Laurence, sa femme. Or, pendant que les policiers peinent à comprendre ce qui s'est passé ce soir-là dans les hauteurs de Cap-Rouge, la trajectoire meurtrière du tueur fou se poursuit en toute impunité...

Commentaires : Nébulosité croissante en fin de journée est le premier polar québécois et le premier roman de Jacques Côté que j’ai lu après m’être initié à cette littérature de genre, entre autres auprès de Michaël Connelly. J’ai retrouvé, dans Où le soleil s’éteint une structure romanesque comparable : étalage d’une série de meurtres dont est témoin le lecteur (j’aime bien cette approche), entrée en scène du héros de Côté, le lieutenant de la SQ Daniel Duval et son fidèle « gros » collègue et « preacher », Louis Harel. Ici, l’enquête s’étend sur neuf jours (avec quelques longueurs) et se termine, un peu comme dans Nébulosité croissante...,  sur les chapeaux de roues, expression particulièrement appropriée dans ce cas-ci.

Les personnages de Côté sont toujours bien typés, évoluant ici dans l’environnement des années 80, avec de nombreuses références musicales dont plusieurs m’étaient inconnues. Leurs caractéristiques physiques et leurs niveaux de langage les rendent tous très crédibles. Le choix et la description des lieux où se déroule l’intrigue contribuent à nous plonger dans l’atmosphère glauque de cette histoire dans laquelle un meurtre n’attend pas l’autre …  Sans oublier les fantasmes sexuels récurrents, assouvis ou non, des criminels et des policiers exposés aux tentations de la chair.

Personnellement, j’aime les romans qui nous font voyager sur de grandes ou de courtes distances. C’est ici le cas :  depuis la tête des ponts de Québec jusqu’au plus profond de la Beauce, à quelques kilomètres de la frontière américaine, en passant par Cap-Rouge et son tracel, Donnacona, Rivière-à-Pierre, le boulevard Hamel à Québec, l’île d’Orléans…

Somme toute, un bon Jacques Côté. Avec une finale qui laisse en suspens des questions non résolues, annonciatrice d’une suite. J’ai déjà hâte.

À mon humble avis, je suis un nostalgique, Nébulosité croissante en fin de journée, n’est pas déclassé dans mon palmarès.

Ce que j’ai aimé : L’intrigue qui fait en sorte que le lecteur sait tout alors que les enquêteurs doivent découvrir. Les niveaux de langages, dont un accent marqué d’une Beauce profonde. De façon générale, une ambiance québécoise qui crédibilise les personnages.

Ce que j’ai moins aimé : J’ai eu un peu de difficulté avec le fait que les services d’identité judiciaire étaient plus efficaces pour appareiller les cheveux d’une des victimes que les deux parties d’un corps retrouvé. Dans la scène finale, il n’est pas toujours facile de visualiser l’action dans le labyrinthe...

Cote : ¶¶¶¶

dimanche 14 mai 2017

J'haïs les bébés (François Barcelo)


François Barcelo. – J’haïs les bébés. – Montréal : Coups de tête, 2016. – 99 p.

Roman noir








Résumé : Viviane déteste les bébés. Elle a des enfants, mais ne les voit presque plus. Elle leur fait croire qu’elle passe Noël dans le Sud alors qu’elle s’en va seule dans une cabine à Percé. Une nuit, un panier contenant un bébé naissant est laissé à sa porte. Question d’épargner à l’enfant une vie d’enfer, Viviane décide d’abréger ses jours. Mais, rien ne se passe comme prévu : on ne se débarrasse pas d’un bébé comme ça, surtout pas quand les cabines sont remplies de touristes français et que nos pas laissent des traces dans la neige…

Commentaires : Après le hockey, les Anglais et les vieux (que je lirai certainement), voici François Barcelo qui nous raconte, par le biais d’une grand-mère qui n’a peut-être pas toute sa tête, en quoi il déteste peut-être lui-même les bébés. À commencer par le grand dérangement qu’ils causent dans les avions en pleurant et en hurlant pendant tout le vol. J’ose imaginer que l’auteur s’appuie sur son vécu de grand voyageur.

Dans J’haïs les bébés, comme on dit au Québec, Barcelo utilise une recette de son cru : comment il est peut-être facile d’imaginer tuer l’objet de nos hantises mais, dans la réalité, comment l’environnement, le contexte et le hasard nous mettent des bâtons dans les roues. Toutes les hypothèses les plus farfelues, les unes que les autres, sont soulevées par le personnage central, lui-même narrateur dans cet opuscule d’à peine 100 pages. L’occasion rêvée de porter des jugements sur la vie en société. Avec, évidemment, une finale imprévisible. Rigolo par moment, sarcastique et surtout noir, particulièrement dans la scène du chat et du... Je vous laisse découvrir. Une tueuse qui n’haït peut-être pas tant que ça le bébé qui s’est invité. Un bon divertissement.

Ce que j’ai aimé : La structure interne du roman qui nous incite à poursuivre la lecture de chapitre en chapitre.

Ce que j’ai moins aimé : Une certaine récurrence, quoique efficace, de la structure romanesque comparativement aux autres opus de la même série.


Cote : ¶¶¶


lundi 8 mai 2017

Louis Riel (Chester Brown)

Chester Brown. – Louis Riel. – Montréal : La Pastèque, 2012. – 249 pages.
ISBN 978-2-922585-96-4

Bande dessinée historique







Résumé : À la fin du XIXe siècle, le territoire de la rivière Rouge est cédé au Canada, colonie de l’Empire britannique. Cependant, les habitants catholiques, métis d’Indiens et de Français, n’entendent pas à être gouvernés par la lointaine couronne d’Angleterre.

Louis Riel, chef charismatique et passionné, mène la Rébellion métisse jusqu’à son terme, entre la folie et la mort. De la conciliation à la lutte armée, cette aventure politique et humaine reste une des pages les plus controversées de l’histoire canadienne.

Commentaires : Chester Brown est né en 1960 près de Châteauguay, au Québec. Avec Louis Riel, il apporte une contribution très visuelle de l’histoire des métis (les sangs mêlés) du Manitoba et de la Saskatchewan. Quelle belle formule très documentée pour enseigner l’histoire ! Car l’auteur cite toutes ses sources dans une section Notes à la fin de son ouvrage. Un ouvrage incontournable pour constater encore une fois comment le Canada qui fête en 2017 son 150e anniversaire s’est bâti dans le non-respect des communautés qui ont progressivement occupé le territoire. On y retrouve tous les acteurs politiques et militaires qui ont sévi et manigancé la pendaison du leader des Métis. Particulièrement le premier ministre conservateur alcoolique et « patroneux » et sa célèbre déclaration : « Tous les chiens du Québec pourraient bien aboyer en sa faveur, il sera pendu ». Cette bande dessinée est une véritable découverte.

Ce que j’ai aimé : La qualité graphique. Le choix du noir et blanc. La façon de distinguer les langues parlées (français, anglais, amérindien). Les précisions historiques. Le déroulement du procès,

Ce que j’ai moins aimé : –


Cote : ¶¶¶¶¶


Bondrée (Andrée A. Michaud)

Andrée A. Michaud. – Bondrée. – Montréal : Québec Amérique 2015. – 364 pages.
ISBN 978-2-7644-2988-4

Polar







Résumé : Été 1967. Un lieu de villégiature à la frontière du Québec et de l’état du Maine où se retrouvent, chaque été, des familles d’anglophones et de francophones. Un lac, Boundary Pond, rebaptisé par un des premiers occupants des lieux Bondrée. Un été comme les autres, paisible, mais soudainement perturbé par un drame : une adolescente est retrouvée morte, une jambe coincée dans un piège à ours rouillé. S’agit-il d’un accident ou doit-on craindre le pire ? Mais lorsque la meilleure amie de la jeune fille disparaît et est retrouvée à son tour dans les mêmes circonstances, la panique s’empare des familles.  

Commentaires : Pas surprenant que l’auteure de ce roman ait remporté le Prix littéraire du Gouverneur général, le Prix Saint-Pacôme du roman policier, le Prix Arthur Ellis du roman policier en langue française et, plus récemment, le Prix des lecteurs Quais des polars – Lyons/20 minutes.
L’auteure nous plonge dans une ambiance de plus en plus inquiétante au fur et à mesure du déroulement du drame. Aucun dialogue. Tout est dans l’alternance de la narration d’une jeune observatrice des événements, une fillette de 12 ans prénommée Andrée et d’un narrateur anonyme. Le lecteur est agréablement plongé d’une manière très intimiste dans l’ambiance qui prévalait à l’époque du récit. Impossible de deviner qui hante la vie de ces estivants pendant que se tient à Montréal l’Expo 67. Bondrée est un polar qui se savoure page par page. Écrit dans un style littéraire unique qui nous fait revivre, sans contredit, le quotidien de l’époque.

Ce que j’ai aimé : L’ambiance générale et la structure de l’intrigue. La psychologie des personnages. Les commentaires de la jeune Andrée observatrice naïve des événements. La description des mêmes scènes mais du point de vue des autres protagonistes.

Ce que j’ai moins aimé : –


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